Les films gagnants au FFO méritaient bien leurs totems : le prix de la Critique fut décerné à la Journée de la jupe mettant en vedette Isabelle Adjani dans un rôle émotionnellement exigeant et déjà couronné par un César d’interprétation en France; le prix du Jury alla à l’excellent film Korkoro (liberté) de Tony Gatlif qui peint toujours un portrait juste et émouvant des gitans en Europe; et enfin, le prix du public fut décerné à L’homme de chevet en présence de son réalisateur Alain Monne, ainsi que de l’acteur principal, Christophe Lambert, qui débordait de joie en affichant son totem!
Malgré la grande qualité et diversité des films de cette année, M. Didier Farré a réservé le meilleur pour la fin! Le Concert de Radu Mihaileanu, le talentueux réalisateur roumain qui nous avait présenté les excellents Train de vie (1998) et Vas, vis et deviens (2005), brosse ici le portrait d’un chef d’orchestre du Bolshoi, déchu il y a 30 ans pour des raisons politiques, qui reforme tant bien que mal son orchestre pour jouer au Théâtre du Châtelet à Paris! C’est une comédie dramatique des plus éclectique, qui nous fait passer par une gamme d’émotions accompagnée de la superbe musique de Tchaikovski, mettant en vedette Aleksei Guskov, Mélanie Laurent, Miou-Miou et François Berléand.
La 14e édition du Festival du Film de L’Amérique Latine affiche une brochette de 15 primeurs pour Ottawa, films de fictions et documentaires, long-métrages parfois jumelés avec des courts et moyen-métrages, provenant de 15 pays de L’Amérique latine. La co-présidence du festival est assurée par les Ambassades du Mexique et de l’Argentine, mais le Président d’honneur demeure Son Excellence Jean-Daniel Lafond, C.C.
L’Argentine part le bal mercredi, le 24 mars, avec le ‘film noir’ Le Signal, réalisé par Ricardo Darin (qui interprète le personnage principal, le détective Corvalan) et Martin Hodara. Situé à Buenos Aires en juillet 1952, alors que Eva Péron se mourait du cancer, deux détectives, Corvalan et Santana, sont chargés par Gloria (Julieta Diaz), la femme fatale du triangle, d’une enquête impliquant politiciens et mafiosi, donc, pots de vin, sexe et violence sont au rendez-vous. L’ambiance mystérieuse et scabreuse de l’époque est très bien récréée, et l’interprétation de Ricardo Darin est toujours fascinante (Le fils de la mariée et Le secret de ses yeux, Oscar du meilleur film étranger cette année!).
Le Pérou présente le jeudi, 25 mars, La Teta Asustada, de Claudia Llosa, gagnant de L’Ours d’Or au Festival International de Berlin et en nomination pour meilleur film étranger cette année aux Oscars, qui raconte l’histoire de Fausta, dont la mère – déjà enceinte de celle-ci – avait été violée par des terroristes du ‘Sentier Lumineux’ dans les années ’80. Bien que ce soit un film à petit budget caractérisé par une caméra fixe à l’occasion, il démontre en profondeur la vie des ‘quechuas’ à Lima, dans les ghettos à l’extérieur où habite Fausta; Magaly Solier interprète cette énigmatique Fausta, qui chante des chansons qu’elle compose en ‘quechua’ pour exorciser les démons qui l’empêchent d’être heureuse. Il y a aussi de superbes prises de vue des dunes et de la mer ainsi que des Andes avec d’interminables escaliers qui mènent peut-être à la rédemption… En deuxième partie le même soir, il y a une petite comédie de mœurs chilienne, assez sympathique, impliquant des personnages du troisième âge dans El Regalo (Le cadeau).
Mon coup de cœur du festival est le film brésilien Estomago (Une histoire gastronomique), présenté le dimanche, 28 mars, à 19h00. Joao Miguel joue ingénument Raimundo Nonato, un pauvre paysan, naïf mais gentil, qui arrive à Sao Paolo dans le but de faire sa vie. Il se rend vite compte qu’il a un don pour les arts culinaires qui peut le mener loin : vers la haute gastronomie alors qu’on suit son apprentissage avec appétit et vers l’amour d’Iria, une prostituée sympathique et gourmande qui aime manger pendant qu’elle exerce son métier! C’est un film à montage très moderne, à multiples thèmes qui alternent entre des scènes de restaurants et des scènes en milieu carcéral rattachées par l’humour noir, la sensualité, l’ambition et la gastronomie. L’exposé de Nonato à des bagnards quant à l’origine du Gorgonzola est absolument tordant! Toute cette philosophie gastronomique est servie sur un fond musical qui rappelle les spaghetti-westerns de Sergio Leone.
Le film de clôture The Pope’s Toilet de l’Uruguay rapporte un fait divers assez anodin sur la visite du Pape Jean-Paul II en Amérique latine en 1988. Les gens simples et très pauvres du village de Melo préparent sa visite. Beto, qui vit en transportant des marchandises non-affranchies sur sa bicyclette, décide de construire une toilette de luxe qui servirait la cause papale. Toutes ses énergies et son ingéniosité seront sommées dans ce film satirique qui démontre aussi le courage nécessaire à sa condition.
C’est la reprise d’une collaboration intéressante entre le Festival Vues d’Afrique de Montréal et la Nouvelle Scène pour présenter au public d’Ottawa et des environs des films africains récents et pertinents. Les séances consistant de programmes doubles débuteront à 19h30 pour la modique somme de 7$ par soirée. Le samedi, 10 avril, les visionnements auront lieu en après-midi pour ne pas nuire au Festival Diverciné qui ouvre en soirée. La programmation devrait être affichée au théâtre même ou sur leur site dans les plus brefs délais.
8e Festival Diverciné du 10 au 17 avril à la Bibliothèque et Archives Canada, 395, rue Wellington, Ottawa.Ce festival, organisé par l’Ambassade de France et le Ministère du Patrimoine Canadien, présente toujours une sélection fort intéressante de films choisis de la francophonie mondiale. Les films sont tous récents et même le film d’ouverture Moloch Tropical (2010) de Haïti sort tout juste de la salle de montage malgré la catastrophe qui s’est abattue sur le pays.
Tel que son nom l’indique, la diversité est au programme avec des films du Vietnam, de la Tunisie, de la Côte d’Ivoire, de la Suisse et la Belgique (Home avec Isabelle Huppert), de la Roumanie, même du Grand-Nord canadien et de la France. Le nouveau cahier, édition printemps, de l’Institut canadien du film présente des descriptions des films dans ce festival et bien sûr vous pouvez aller sur le site de l’Ambassade de France pour de plus amples renseignements.
Somme toute, la ville d’Ottawa sera bien servie en cinéma dans les semaines à venir alors «Bon cinéma à tous!»

