Travaillant depuis 12 ans avec les enfants autistes, Chantal Cyr cherchait une activité concrète pour le jeune Vincent afin de lui permettre de bouger et de développer des habiletés pour le quotidien. À 12 ans, Vincent vit avec l’autisme et une déficience intellectuelle. Il ne s’exprime pas par les mots, mais, la plupart du temps, par ses yeux bleus moqueurs.
«Pour Vincent, l’objectif c’est de pouvoir réussir quelque chose et qu’il en soit fier. Pour lui, c’est très difficile. En salle de classe, son attention tombe au bout de dix minutes », souligne son éducatrice.
«L’autisme est une condition. Les deux plus grandes anomalies sont la communication et la socialisation. L’interaction n’est pas facile pour eux. Au niveau de l’apprentissage, il faut imaginer des structures pour mieux intégrer la matière», explique-t-elle.
C’est le rôle que jouent les trois classes distinctes de l’école L’Odyssée, réservées aux enfants atteints d’un trouble envahissant du développement. Dans la classe de niveau moyen, où évoluent Vincent et Matieu, on promeut l’apprentissage au rythme de chacun. Des projets spéciaux, comme la distribution de L’Express, s’intègrent aussi à la réalisation de cet objectif.
Tous les lundis, le trio est au rendez-vous. Dès 11h50, Matieu se met à la tâche. Le bonhomme volubile, qui s’exprime avec aisance en français et en anglais malgré son autisme et un retard intellectuel, fait des paquets avec les 115 copies du journal et les place dans les sacs pour la distribution. Vers 12h10, Chantal et Vincent font la tournée des classes, une longue promenade où l’éducatrice répète avec patience les indications à son protégé sans jamais cesser de l’encourager.
Chantal Cyr souhaite amener les jeunes autistes le plus loin qu’ils peuvent dans leur cheminement, sans avoir d’attentes trop élevées. «Je veux les aider à obtenir le plus d’autonomie possible en société», affirme-t-elle.
«Je veux aussi montrer à la société que ces enfants peuvent amener quelque chose aussi, insiste-t-elle. Il y a tellement de contraintes au niveau social pour eux. Ce ne devrait pas être toujours eux qui doivent s’adapter à la société, mais bien la société qui devrait essayer de s’adapter à eux.»
L’Express distribué par deux enfants autistes à L’Odyssée
Une expérience de valorisation
Le journal L’Express compte désormais sur deux nouveaux camelots hors pair à l’école élémentaire publique L’Odyssée. Avec l’aide d’une éducatrice spécialisée, Vincent Gratton et Matieu Lamarre assurent la distribution de l’hebdomadaire et font le plein d’estime de soi. Les deux garçons autistes relèvent ce défi depuis un mois.
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