Quelques mois avant la date du 25 juin, le gouvernement conservateur de James P. Whitney a déjà annoncé la couleur pour la rentrée 1912-1913. À compter de septembre, les élèves ontariens ne pourront plus étudier en français après les 1ère et 2ème années et les enseignants qui ne peuvent travailler en anglais seront congédiés.
« La mesure visait à assimiler progressivement les Canadiens français que l’on n’appelait pas encore les Franco-Ontariens. Le gouvernement s’en défendait et se servait d’une étude menée deux ans auparavant qui concluait l’état précaire de l’éducation dans les écoles francophones. La fronde était menée conjointement par les catholiques Irlandais dirigés par l’évêque Monseigneur Fallon de London et par les protestants anglophones de l’Ordre d’Orange », explique M. Elizondo.
Décrétée par le Ministère de l’Éducation de l’Ontario, la mesure n’a jamais été votée à l’Assemblée législative puisqu’il ne s’agissait que d’un règlement, mais son impact est majeur qui vise à limiter l'usage du français « comme langue d'enseignement et de communication » dans les écoles bilingues des réseaux publics et séparés.
« Sa mise en place s’inscrit dans l’air du temps puisqu’au Manitoba, comme au Nouveau-Brunswick ou dans les Territoires du Nord-Ouest, des controverses linguistiques éclatent également. La jeune Confédération canadienne veut récupérer le secteur de l’éducation pour façonner ses citoyens et nous sommes alors bien loin du multiculturalisme à la Pierre Elliott Trudeau ! ».
Cette mesure n’est toutefois pas l’apanage des conservateurs ontariens. Dès 1885, le gouvernement libéral rend l’anglais obligatoire comme matière d’enseignement dans les écoles. En 1890, il en fait la langue d’enseignement dans les écoles ontariennes, sauf lorsque cela s’avère impossible, ce qui permet aux institutions francophones de passer entre les mailles du filet.
« En 1912, il n’y a simplement plus aucune ambigüité et le gouvernement pense qu’à la longue, le règlement sera accepté ».
Le discours n’a pas changéC’est sans compter sur l’église catholique francophone qui sera d’une aide très précieuse pour la cause des Canadiens français de l’Ontario. La guerre linguistique prend une tournure religieuse et le pape Benoît XV est lui-même invité à se prononcer sur le conflit. Il s’en sort en indiquant que « l’important n’est pas la langue, mais la foi ».
« Il est intéressant de voir que les arguments des partisans du Règlement 17 sont encore évoqués aujourd’hui. Mgr Fallon déclare que tant qu’à permettre des écoles en français, pourquoi ne pas faire de même avec l’italien, le portugais ou toute autre langue. De son côté, le gouvernement assure que la mesure ne portera pas préjudice au fait français, comme au moment de la fermeture de l’Hôpital Montfort ».
Les tensions entre les deux peuples fondateurs sont vives depuis la pendaison de Louis Riel. Même si les francophones considèrent la Confédération comme un pacte entre les deux peuples, certains anglophones pensent que l’usage du français doit se limiter au Québec.
Depuis 1910, la toute jeune Association canadienne-française d'éducation de l'Ontario travaille à améliorer l’éducation en français, qui souffre de ne pas avoir d’école pour former ses enseignants. L’association deviendra finalement l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, occupant un rôle plus large que le domaine de l’éducation.
« En fait, le Règlement 17 donne à la minorité francophone de l’Ontario ses premiers héros. Samuel Genest, Béatrice et Diane Desloges ont marqué l’histoire, tout comme l’école Guigues qui constitue le symbole de cette lutte contre le Règlement 17 ».
En 1927, le gouvernement ontarien reconnaît le caractère inapplicable de sa mesure, puisque les écoles francophones défient l’autorité provinciale en continuant à enseigner en français. En 1944, le Règlement 17 disparaît complètement.
« Les francophones doivent une fière chandelle aux intellectuels protestants anglophones de la Unity League qui, à partir de 1921, poussent pour la défense des droits des Canadiens français ».
Cet épisode majeur laisse un grand héritage dans la communauté, comme la création de l’École normale de l’Université d’Ottawa pour former les enseignants francophones, le journal LeDroit et aussi l’Ordre de Jacques-Cartier qui vise à contrer l’influence de l’Ordre d’Orange.

