Il est de ces personnes qui entrent dans nos vies et qui nous marquent de façon indélébile. Mme Lyla Côté, qui est décédée cette semaine, à l’âge de 101 ans, était l’une de ces personnes. Elle se distinguait déjà en étant sans doute la plus vieille pionnière née à Orléans.
Mme Côté était la fille de John Perrault et de Ellen Holden. Elle était déjà remarquable par le fait que son père, décédé alors qu’elle avait neuf ans, laissait sa mère sur la terre familiale avec quatre autres filles. Son fils, Eddie, me racontait qu’il avait vu un portrait de sa mère qui, à dix ans, attelait déjà le cheval pour les travaux de la terre.
C’est sans doute cette vie assez dure pour une petite fille qui lui a inculqué un profond sens du devoir et une discipline qui l’ont suivie pendant toute sa vie. Elle avait fait l’École modèle (c’est là qu’on formait, dans le temps, les instituteurs pour les écoles françaises de l’Ontario) et elle a dirigé trois de ses sœurs vers la même école.
Après quelques années d’enseignement, elle mariait Henri Côté, un autre natif d’Orléans, et ils ont habité pendant de nombreuses années sur une petite ferme de la rue Notre-Dame. Le couple a eu trois enfants, Gérald, Eddie et Monique.
Très tôt, ce sens du devoir l’a vite amenée à s’impliquer dans la vie communautaire de la Paroisse St Joseph. Au cours de sa vie d’adulte, elle a tour à tour été fondatrice, présidente et membre de presque tous les organismes dans la paroisse. Elle a fait partie de la Fédération des femmes canadiennes françaises et en a été présidente. Cofondatrice du Club 60 d’Orléans avec Edgar Brault, elle a présidé ce groupe d’aînés pendant 12 ans.
C’est elle qui a signé la charte du Centre de Jour Séraphin-Marion. Elle adorait le Cercle Jeanne-Leber où elle pouvait donner libre cours à sa créativité. D’ailleurs, sa bru, Dolorès, l’épouse d’Eddie, affirme qu’elle lui a légué son amour pour l’artisanat, mais aussi pour l’enseignement et la lecture.
Ma femme Pauline a toujours voué une grande admiration pour Mme Côté. Elle l’avait adoptée comme un modèle de vie. «Elle était distinguée et toujours élégante. C’était une femme de peu de paroles mais elle avait le courage de dire les choses importantes, à l’intérieur d’une réserve qui commandait le respect.»
Dolorès me disait que les femmes qui côtoyaient sa belle-mère dans les réunions l’appelaient toujours «Mme Côté». C’était comme si on ne pouvait l’appeler familièrement par son nom, Lyla.
Je l’ai souvent rencontrée dans la rue Notre-Dame, où elle faisait des marches de santé. À 90 ans, Mme Côté marchait tout le long de la rue Notre-Dame jusqu’à Boyer, qu’elle empruntait pour se rendre à St-Joseph, et longeait St-Joseph jusqu’à Belcourt, pour rentrer chez-elle. Elle avait une allure bien à elle, marchant droit comme un poteau, la tête haute et souriante quand on la croisait sur la rue.
Sa longévité est sans doute due au fait qu’elle adorait les défis, elle avait l’esprit ouvert et comme le disait Pauline, elle n’a pas vécu sa vieillesse avec les vieux mais avec les jeunes, ce qui ne l’a pas empêchée de faire du bénévolat auprès des aînés pendant tant d’années. Elle était une femme de décision, se fixait un but et marchait allègrement vers sa réalisation.
Elle a grandi dans un petit village, mais c’est là qu’elle a vécu comme une grande dame, elle s’est donnée à sa famille, à sa communauté et à son église. Ses enfants l’ont accompagnée jusqu’à la fin, dans ses dernières années. Elle le méritait pleinement et toute sa famille en est très fière, à juste titre. Elle vivra dans notre admiration pendant longtemps.
