Ottawa n’est pas Flint, mais…



Publié le 23 Avril 2009
Publié le 18 Février 2010
 
Sujets :
Tourisme Ottawa , Ottawa , Flint , Flint, Michigan

Nous sommes à Flint, Michigan, en 1989. La récession frappe de plein fouet cette ville située à moins d’une heure de Détroit. Si fort qu’elle inspire Michael Moore, ce controversé cinéaste américain, pour le film Roger and Me. Il y tourne des images d’une municipalité dévastée, qu’on croit frappée par la guerre tellement les images sont dures.

Récemment, une station de radio d’Ottawa a décidé de reprendre plusieurs images de ce film, afin de mettre l’emphase sur la misère que les résidents de Flint enduraient à cette époque. L’objectif? Tenter de démontrer qu’Ottawa, en 2009, n’a rien à voir avec le Flint de 1989 (This ain’t Flint). Avait-on vraiment besoin de nous convaincre sur ce point?

Avec cette campagne, menée sur le Web, la station de radio en question avait comme but à peine voilé de faire la démonstration à ses annonceurs que la crise économique mondiale ne frappe pas la région de la capitale nationale. Que, contrairement à ce qu’on rapporte partout dans les médias, Ottawa, bien cachée dans sa bulle de verre, échappe à la récession. Tout va très bien, Madame la Marquise. On tente comme on peut de ne pas perdre les revenus publicitaires qu’il nous reste…

Car ne soyons pas dupes. Si Ottawa résiste tant bien que mal aux effets de la récession, du moins sur papier, c’est d’abord et avant tout en raison de ses nombreux emplois dans la fonction publique, des emplois quasi-garantis.

D’ailleurs, parenthèse, si je puis me permettre : paraît-il qu’il y a longtemps que les agents de l’assurance-emploi n’ont pas été si occupés. Ils peinent d’ailleurs à traiter les demandes et répondre aux appels. Un confrère, victime de la crise économique (à Ottawa? vraiment?), tente depuis trois jours de rejoindre quelqu’un à l’assurance-emploi, sans succès. La ligne est constamment occupée. Paradoxal, n’est-ce pas, que le département du chômage soit en manque de personnel? Fin de la parenthèse.

Revenons à nos moutons. La vidéo de ladite campagne de publicité, donc, montre les images de Flint en 1989, en plus d’énumérer les conséquences désastreuses de la récession qui frappait à l’époque l’ensemble de l’Amérique du Nord. Puis, ensuite, on nous montre des photos d’Ottawa, toutes prises sur le site de Tourisme Ottawa (sans même leur consentement!), des photos qui font évidemment la promotion de la capitale, du bien-être qu’on y retrouve, avec des gens souriants, des monuments majestueux, des paysages à couper le souffle. À toutes les 15 secondes, le narrateur insiste : «This ain’t Flint!»

Cette vidéo a d’ailleurs fait sursauter les dirigeants de l’organisme, de même que ceux de Flint. Ils écrivaient, au début du mois, dans un communiqué conjoint : «Les agences de tourisme de Flint, Michigan, et Ottawa, Canada, se rejoignent pour dénoncer une campagne publicitaire par une station de radio d’Ottawa qui tente d’atteindre ses propres buts et objectifs pour Ottawa en punissant de manière injuste Flint».

Soit les personnes responsables de la publicité à la station de radio en question prennent leurs annonceurs pour des imbéciles, soit ils ne vivent pas sur la même planète que nous! Comment n’ont-ils pas pris connaissance des pertes d’emploi dans le secteur des technologies? Ou des médias? Ou dans tout autre domaine? Qui, aujourd’hui, peut se targuer de ne connaître absolument personne, dans son entourage, qui n’est pas touché par la crise qui secoue la planète?

Pire encore, comment n’ont-ils pas remarqué la hausse des prix des aliments, au supermarché du coin? Leurs régimes de retraite ont-ils connu des hausses fulgurantes parce qu’ils habitent la même ville que le premier ministre? Il est permis d’en douter…

Non, la vraie raison derrière cette stratégie, qui manque totalement de classe et de respect envers ce que les habitants de Flint ont vécu, c’est justement de tenter de rassurer les annonceurs. Mais ce n’est pas en comparant des pommes avec des melons que les spécialistes en marketing qui ont pensé à cette campagne réussiront à convaincre les commerçants locaux que la crise économique ne touche pas notre région.

Écrire un commentaire

Écrire un commentaire

Ce formulaire ne sert pas à envoyer l’article à un ami. Svp, utilisez le lien «Envoyer à un ami» en haut de la page pour ce faire.

L'Express Ottawa n'est pas responsable des commentaires ci-dessous. Veuillez par contre, rester poli et respecter le sujet de la discussion. Si vous êtes membre, connectez-vous.

(Nous gardons les courriels privés)
Accord

Nous prions les internautes de rester polis. Il est interdit de soumettre du contenu discriminatoire, insultant ou inapproprié, qui pourrait être retiré du site à notre discrétion. Nous ne sommes pas responsables des opinions ou du contenu soumis par les internautes. L'utilisation de ce site ainsi que la propriété du contenu qui est soumis sont régies par nos Conditions générales d'utilisation et le Politique de confidentialité.

Les organismes membres doivent promouvoir des activités légales et à but non-lucratif. Tout organisme faisant la promotion d'activités illégales ou de services / produits commerciaux sera retirée du site.

J'accepte ces conditions.

Publicité

Publicité