À voir aller Michael Ignatieff ces derniers temps, on se demande si le Canada n’est pas entré dans une troisième campagne électorale en moins de trois ans.
Le chef libéral profite encore de sa lune de miel, qui s’éternise depuis son arrivée à la tête de l’opposition officielle, peu avant les Fêtes.
Il faut dire d’emblée que sur la place publique, il est complètement l’opposé de son prédécesseur, Stéphane Dion. Ignatieff a nettement plus de charisme, son discours coule beaucoup mieux que celui de Dion, sans compter ses capacités de rassembleur hautement plus fiables. On peut dire sans se tromper qu’il a l’étoffe d’un chef.
On l’a bien entendu au Banquet de la Francophonie, à Embrun, il y a 12 jours. Son discours aurait été prononcé en pleine campagne qu’il n’aurait pas été bien différent. Il ne manquait qu’un autobus aux couleurs libérales à l’entrée du Centre communautaire d’Embrun.
Allez savoir, le chef libéral aurait probablement été capable de noter à quels endroits dans son discours la foule allait se lever pour l’acclamer. Il était plutôt prévisible, donc, que Michael Ignatieff vienne publiquement défendre les droits des francophones… à un Banquet de la Francophonie se déroulant dans l’Est ontarien. Rien de bien surprenant là-dedans.
Tout comme il a été normal, cet hiver, qu’il soit moins dur que son prédécesseur à propos du pétrole extrait des sables bitumineux de l’Alberta, lors d’un discours prononcé dans l’Ouest canadien. Là aussi, Ignatieff a besoin d’appuis, puisque seulement sept députés libéraux provenant des quatre provinces de l’Ouest (Colombie-Britannique, Alberta, Saskatchewan, Manitoba) siègent à Ottawa.
Et cette fin de semaine, en congrès à Laval, il a voulu faire la paix avec les Québécois, toujours en grogne des erreurs libérales commises depuis le règne de Jean Chrétien. Il leur a tendu la main, leur indiquant qu’il était temps que les Québécois reprennent leur place dans la gouverne de leur pays.
Ignatieff a compris que l’élection d’un gouvernement majoritaire passe par la capacité de réunir tout ce beau monde. Mais il y a une marge très importante entre la compréhension du problème et sa résolution.
Michael Ignatieff n’a pas la solution, tout simplement parce qu’elle n’existe pas. Les différences de mentalité dans ce beau grand pays qui est le nôtre ne cessent de s’amplifier, créant des clivages encore plus importants entre conservateurs, libéraux et souverainistes québécois. La crise économique actuelle ne fait qu’accentuer ces différences d’opinion sur ce que devrait être la fédération.
Alors en attendant, il tente de rallier le plus d’électeurs possibles à sa cause. En attendant les prochaines élections. Si vis pacem, para bellum. Qui veut la paix, prépare la guerre. En tant que chef de l’opposition, il a le pouvoir de défaire la Chambre et de plonger le pays en élections. Sauf que pour l’instant, malgré des chiffres en hausse dans les sondages, une élection ne servirait probablement pas bien Michael Ignatieff, qui pourrait lui aussi se trouver en situation minoritaire.
Que faire, donc? Il faudra qu’Ignatieff réussisse à repenser le système politique actuel, orienté vers un système à deux partis. Comme ça se fait déjà en Europe, il faudra créer des alliances, des «coalitions», et faire des compromis.
On se rend compte aujourd’hui que l’idée de Stéphane Dion et de Jack Layton, appuyée par Gilles Duceppe, n’était pas si mauvaise que ça. Les idées libérales et néo-démocrates se rapprochent beaucoup plus les unes aux autres que celles des conservateurs. Une coalition entre deux partis pourrait être la seule façon de ramener une stabilité politique au Canada.
Jusqu’à ce que la population canadienne accepte ces alliances, Ignatieff devra continuer de se battre pour redorer le blason du parti libéral. Il doit poursuivre ces grands discours, qu’on peut facilement prévoir, mais qui réconfortent les partisans libéraux. Il doit montrer, en Chambre comme en dehors du parlement, qu’il a la force et les idées pour devenir le prochain premier ministre. Bref, il doit agir comme s’il était en campagne électorale perpétuelle.