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Imaginez la vie sans nos artistes



Ginette Gratton
Publié le 28 Novembre 2008
Publié le 18 Février 2010
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Dites-moi pourquoi lorsque l’argent se fait rare, certaines personnes croient que c’est dans les arts et la culture qu’il faut sabrer? Au Canada, chaque dollar que les gouvernements investissent dans les arts génère 11 dollars, sans compter tous les emplois créés. C’est un niveau de retombées plutôt rare ces temps-ci.

Sujets :
Board du Canada , Minto , Théâtre Action , Ottawa , Gatineau , Fêtes de la Saint-Jean

Nos élus ignorent-ils ces données? Pourtant, elles sont publiques et le Conference Board du Canada, qui réunit les plus grandes corporations et institutions canadiennes, affirme l’importance des arts dans l’essor économique. Le Centre des arts Shenkman d'Orléans a déjà atteint plus de 4 millions dans sa campagne de financement privé, et 250 000$ proviennent de la compagnie Minto. Pourquoi l’entreprise privée a-t-elle compris, mais pas nos gouvernements?

Et que dire des effets des arts sur la cohésion sociale, l’affirmation culturelle et le rayonnement des communautés? Je me demande si trop de politiciens succombent à la pensée que les artistes ne font que s’amuser, que ce qu’ils font n’est pas du vrai travail et qu’ils devraient se trouver une vraie job comme tout le monde!

Lors de son passage à Pour tout l’amour du monde, Yves Turbide, de Théâtre Action, faisait le commentaire suivant : «Les politiciens ne se rendent pas compte du tort qu’ils font aux artistes par le simple fait de considérer des coupures dans les arts. Ils encouragent le dénigrement de l’artiste alors que, ironiquement, ils consomment tous des produits culturels.»

Essayons d’imaginer la vie sans nos artistes, sans les arts, sans la culture, sans les musées, sans les festivals.

Qui serions-nous… … si nous ne pouvions plus, grâce à nos musées, connaître notre passé et rendre hommage à ceux qui sont venus avant nous; … si nous ne pouvions plus célébrer qui nous sommes et le crier au monde entier dans nos festivals; … si nous ne pouvions plus écouter les harmonies de notre âme dans les airs de nos musiciens; … si nous ne pouvions plus nous voir à l’œuvre dans notre cinéma, notre théâtre, nos romans et nos chansons; … si nous ne pouvions plus rêver et nous émouvoir devant un tableau ou une sculpture, ou en lisant un poème; … si nous ne pouvions plus offrir à nos enfants l’occasion de lire un roman, de faire du théâtre ou d’apprendre la danse ou un instrument de musique.

Que serions-nous si nous ne pouvions plus espérer un monde meilleur parce que nous avons abandonné l’artiste, celui qui parle le langage des émotions. Celui qui voit des choses que nous ne voyons pas. Celui qui voit et qui nous fait voir notre âme.

Ce fut d’abord au gouvernement fédéral de s’en prendre aux artistes. C’est maintenant à la Ville d’Ottawa qui prévoit 54% de coupures dans le budget des arts et de la culture. Ces coupures affecteront la survie de près de 296 groupes : des chorales de jeunes aux troupes de théâtre, du Festival de musique de chambre au Festival franco, du Festival de jazz au Bluesfest et 290 autres.

A-t-on pensé à ce que les touristes viendront faire à Ottawa? Et nous qui vivons ici? Je suis certaine que Gatineau nous accueillera à bras ouverts pour les Fêtes de la Saint-Jean et le Festival des montgolfières.

Comme le disait Linda Lauzon, une invitée à Pour tout l’amour du monde, il y a deux sortes de villes. Premièrement, il y a celles où l’on se précipite avec anticipation pour passer quelques jours parce qu’elles font rayonner la culture de leurs citoyens. Parce que dans ces villes, on peut visiter des musées et des galeries d’arts, participer à des festivals, voir une pièce de théâtre, écouter un concert. On peut s’y sentir vivant.

Puis deuxièmement, il y a les villes où rien ne se passe. Ces villes nous les traversons en roulant rapidement pour se rendre dans la première.

Quand je paie mes taxes à la Ville d’Ottawa, je veux et j’insiste pour qu’elles servent à soutenir nos artistes, les arts et la culture.

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