Ils apprennent à lire et à écrire! On entend aux nouvelles des jeunes adolescents autistes qui, en apprenant à se servir de nouvelles technologies ont finalement les moyens de communiquer leurs besoins et leurs désirs.
Moi, je suis très chanceuse! Ma fille, Emilie, est verbale. Diagnostiquée à l'âge de 23 mois seulement, elle m'inspire à tous les jours! Je vois des choses extraordinaires! Imaginez une enfant qui apprend à parler à 3 ans et demi pour ensuite apprendre les lettres de l'alphabet et la lecture globale à 4 ans. Je découvre en elle une grande capacité pour apprendre cachée dans un cerveau qui fonctionne d'une façon si différente que le mien! Je suis amoureuse de cette petite fille qui vient changer ma vie au complet! Elle m'apprend quelque chose de nouveau à tous les jours!
Ce soir, ce que j'apprends, c'est la façon dont elle assimile l'information lorsqu'elle lit. À tous les soirs, nous lisons une petite histoire avant d'aller au lit. On appelle ces histoires nos livres "pop corn" pour la simple raison que nous les avons placés dans un contenant de maïs soufflé. Nous avons placé dans ce bac des petits livres très faciles à lire...même trop faciles pour elle. Mais elle les aime. Elle se sent si bonne de lire ces petits livres car elle réussit toujours à lire tous les mots, n'a besoin d'aucune aide et cela lui apporte un certain réconfort. J'aime qu'elle se couche le soir en pensant qu'elle est bonne, qu'elle peut réussir. Les livres plus difficiles sont réservés pour le jour, pour les temps de devoirs, pour les leçons. Le soir, avant de s'endormir, je veux offrir à ma fille des pensées positives pour la nuit. Les livres plus complexes pourraient la stresser ou la frustrer. Ce ne sont pas des sentiments positifs pour bien s'endormir!
Bon, comme toutes les autres nuits depuis un an déjà, je lui demande de choisir un livre "pop corn" et je me couche près d'elle dans son lit. Bon, nous sommes bien, une près de l'autre, et nous lisons deux petits livres. Un livre est à propos d'un bébé et l'autre d'un oiseau. Je ne sais pas pourquoi je n'ai jamais pensé d'écrire à propos de nos sessions de lecture... J'ai eu un moment de clarté... Un moment où j'avais le goût de m'enfuir pour tout écrire, pour ne rien oublié de ce 5 minutes magique! WOW! J'ai compris sa pensé d'une façon si claire... Je vous explique!
Nous lisons le livre ensemble. Il y a un bébé qui est heureux. Dans l'histoire on dit qu'il est content. Je demande à Emilie comment on sait qu'il est content...elle répond car c'est un garçon. Je crois qu'elle ne comprend pas. Mais plus tard, elle lit que maman est contente et elle dit. Maman est contente car elle est une fille. Elle m'explique plutôt la règle grammaticale féminin et masculin du mot content et du mot contente. J'ai compris ce qu'elle me dit. Il a fallu bien écouter...mais j'ai compris! Dans le contexte “Le bébé est content” elle pense à la règle grammaticale. Alors, lorsque je lui demande “Comme on sait que le bébé est content” Emilie assume qu'on parle de la règle. Elle a de la difficulté à comprendre la question...et en plus que la question se rapporte à une émotion... c'est encore plus difficile... mais je sais qu'elle connaît la réponse. Depuis qu'elle est toute petite qu'on pratique les émotions et comment les reconnaître...alors elle doit connaître la réponse. Dans l'image, le bébé a un grand sourire et il est évident, pour moi en tout cas, que le bébé est heureux! Alors, la question que je me pose: «Est-ce que ma fille a de la difficulté à reconnaître l'émotion du bébé ou est-ce que ma fille se concentre sur les détails qui ne sont pas pertinents pour répondre à ma question... ou encore... est-ce que ma fille a bien compris la question? Ou peut-être que ma fille se concentre tellement sur un détail concret comme une règle grammaticale qu'elle ne peut pas s'en défaire et ne peut pas imaginer que je dois parler de d'autre chose!» Je reformule...au lieu de poser une question, je fais une phrase ou il y a des mots manquants. Je recommence la lecture de la page avec le bébé qui est content. Je lui pointe le dessin du bébé en disant: On sait que le bébé est content car il répond tout de suite: un sourire. Eh voilà! Emilie est capable de trouver les indices plus souvent lorsqu'on lui donne le début de la phrase. On commence l'idée pour elle...comme ça, elle sait dans quelle direction la conversation se déroule. Elle sait à quoi s'attendre. Lorsqu'il y a une question, elle trouve une réponse plus concrète.
Un autre exemple qui vient concrétiser mon hypothèse est l'histoire d'un oiseau qui mange. Il mange et il mange beaucoup et à la fin de l'histoire, il est couché sur le dos, le ventre bien rond et à la dernière page on dit que l'oiseau ne peut plus mangé... Je demande à ma fille: Pourquoi est-ce que l'oiseau ne peu plus manger? (je cherche la réponse: Parce qu'il a trop mangé ou que son ventre est trop rempli) mais elle répond: «Parce qu'il est couché sur le dos»... et j'ai ri! C'est vrai! Disons qu'on ne peut pas manger en étant couché sur le dos! Mais ceci est une réponse très concrète. Elle voit l'image d'un animal couché sur le dos et je lui demande pourquoi il ne peut pas manger... Elle ne prend pas en considération le reste de l'histoire pour s'imaginer que le pauvre petit oiseau a tellement mangé et maintenant, son ventre est si rempli qu'il ne peut plus manger! Ceci requiert aussi une certaine compréhension de comment l'autre se sent...ce qui peut être très difficile pour une personne autiste. Je reformule encore une fois après avoir relu l'histoire avec elle: «Emilie... pourquoi l'oiseau ne peut plus manger? Est-ce que c'est parce qu'il est malade, parce qu'il a trop mangé ou parce qu'il a soif? »Remarquez que je lui donne trois choix en m'assurant que la dernière réponse est fausse. Je fais ceci assez souvent avec ma fille parce qu'elle peut avoir tendance, comme d'autres personnes autistes, de choisir la dernière option entendue. Mais dans ce cas, elle est capable de dire: «Parce qu'il a trop mangé» et en plus, elle rajoute: «Et il a un gros bedon rond». Elle a compris! Il a trop mangé et a un gros bedon rond et c'est pour cela qu'on dit dans l'histoire qu'il ne peut plus manger! C'est exact! Elle a compris!
Et moi qui croyais qu'elle ne comprenait pas! Ce n'est pas du tout le cas! Je pense que peu importe la question, ma fille ne sent pas le besoin de retourner en arrière et de penser à toutes les informations présentées du texte. Elle veut répondre en utilisant l'information la plus récente, la plus concrète et la plus évidente pour elle. Alors, c'est aussi à cet instant que je suis contente que les livres "pop-corn" sont si simples! Ils me permettent de rajouter des questions et de trouver rapidement des réponses avec elle. Je dois simplement reformuler mes questions en phrases avec de l'information manquante ou des choix multiples et le tour est joué!
Lorsqu'on réussit à trouver des stratégies pour travailler avec nos enfants autistes, on ne peut faire autrement que d'être fiers de nous même d'y avoir pensé... et d'être fiers de nos enfants de nous avoir fait comprendre!
