L’Express présente des chroniques historiques écrites en collaboration avec l’archiviste en chef de l’Université d’Ottawa, Michel Prévost, dans l’esprit des États généraux de la francophonie, afin de tracer un portrait de la francophonie de la capitale à travers le temps et les empreintes qu’elle a laissées et laisse encore dans le paysage ottavien.
Le malheur semble s’être acharné sur ce magnifique bâtiment plus de centenaire. En 2009, une partie de la voûte s’écroule et le lieu de culte doit donc fermer ses portes pendant plus d’un an. Rouverte fin 2010, l’église voit son accès perturbé par l’affaissement d’une poutre de la cloche début 2011.
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, la plaque de sa désignation patrimoniale est volée en février de la même année, pendant le Mois du patrimoine. Ce vol rapporte sans doute moins de 20 $ à ses auteurs, mais il en coûte environ 800 $ à la Ville d’Ottawa pour la remplacer.
En novembre 2011, un décret de l’archidiocèse d’Ottawa fusionne la paroisse avec celle de la basilique-cathédrale Notre-Dame d'Ottawa. À ce jour, l’église Sainte-Anne demeure en attente d’une nouvelle vocation, elle qui fut et qui reste un des symboles phares de la présence des Francophones à Ottawa.
« Il est toutefois important de rappeler que le bâtiment ne peut pas être démoli puisque la Ville d’Ottawa l’a fait désigner monument historique, en 1978, en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario », note l’archiviste en chef de l’Université d’Ottawa, Michel Prévost.
L’une des plus anciennes églises d’Ottawa
Cette désignation est loin d’être usurpée puisque l’église Sainte-Anne, construite en 1873, s’avère être l’une des plus anciennes d’Ottawa et de l’Ontario français.
Conçue selon les plans de l’architecte L.P Lecourt, cette église traditionnelle rappelle celles de Québec avec son toit en pente raide et ses sculptures en façade.
En 1908, on remplace la flèche de l’édifice par un clocher et deux clochetons. Le bâtiment possède 18 magnifiques vitraux, un ancien chemin de croix datant de 1880, ainsi qu’un orgue d’une qualité exceptionnelle de la firme de réputation internationale Casavant Frères, de Saint-Hyacinthe, au Québec. Cette orgue de 43 jeux, acquis en 1914, et restauré en 1989, est l’un des plus performants de la région.
Malheureusement, l’intérieur de l’édifice est profondément modifié dans les années 60 et perd beaucoup de son lustre d’antan.
« Mais on reste toujours frappé, lorsqu’on entre dans l’édifice, par les quatre majestueux chandeliers provenant de la maison Pauly de Venise, en Italie », remarque l’archiviste en chef de l’Université d’Ottawa.
Les deux grands lustres de l’allée centrale datent de 1930 et 1938. Celui du transept droit s’écroule en 2009, mais la compagnie italienne en reconstruit un, conforme à l’original.
« Il faut aussi souligner, ici, l’excellent travail de restauration entrepris par l’ingénieur Didier Pol, de la firme Cléroux Rénovation Ltée », remarque M. Prévost.
La dernière demeure de Mgr Myrand
Fait inusité, une belle plaque de marbre blanc à l’intérieur rappelle que la dépouille de Monseigneur Joseph-Alfred Myrand repose sous le transept droit de l’église. Le prélat dirige d’une main de maître la paroisse Sainte-Anne pendant près d’un demi-siècle. En témoignage de reconnaissance, les paroissiens l’enterrent sous l’église, une pratique qui n’est plus permise aujourd’hui. Depuis plus de 125 ans, l’église Sainte-Anne marque le paysage de la Basse-Ville d’Ottawa et demeure l’un des plus importants témoins du patrimoine religieux franco-ontarien. L'archiviste en chef de l'Université d'Ottawa rappelle qu'il offre des visites guidées sur le patrimoine francophone de la Basse-Ville pendant toute la belle saison pour les groupes de 10 personnes et plus. Pour réserver, composez le 613-562-5825 ou envoyez un courriel à michel.prevost@uottawa.ca.
