« L'arrivée d'Élisabeth Bruyère à Bytown, en 1845, est selon moi l'un des dates les plus marquantes de l'histoire des Franco-Ontariens », souligne l'archiviste en chef de l'Université d'Ottawa, Michel Prévost.
Née à l'Assomption en 1818, dans ce qui s'appelle encore le Bas-Canada et qui deviendra le Québec, Élisabeth Bruyère arrive dans la région pour y fonder la congrégation des Sœurs Grises de la Croix.
Ses réalisations lui valent d'être la femme la plus connue et la plus influente d'Ottawa au 19e siècle, aussi bien auprès des milieux anglophones que francophones.
Elle est notamment à l'origine de la fondation d'une école pour filles, d'un hospice pour les personnes âgées et surtout d'un hôpital, qui deviendra l'Hôpital Général d'Ottawa.
Femme généreuse, elle soigne et accueille tous les malades et les démunis, peu importe leur religion ou leur langue.
Sa mort en 1876 laisse les Sœurs grises orphelines de celle qui dirigea d'une main de maître la congrégation pendant plus de 30 ans.
Plusieurs endroits dans la région rendent hommage à cette femme remarquable, notamment une rue à Ottawa, deux rues à Gatineau, une école élémentaire catholique ainsi qu'un centre de santé et un monument au cimetière Beechwood.
La Maison-mère des Sœurs de la Charité d'Ottawa
Élisabeth Bruyère fait construire la Maison-mère de sa congrégation sur la rue Bruyère, dans la Basse-Ville.
La première partie de l'édifice est achevée en 1850, puis rapidement, une deuxième aile vient s'y ajouter en 1866, construite avec de belles pierres grises de la région.
Cette nouvelle construction accueille l'Hôpital général, qui sera réquisitionné par l'armée un an plus tard, et retrouvera sa vocation première en 1871.
Aujourd'hui encore, l'endroit demeure un centre de santé, même si les services hospitaliers ont été transférés dans le nouvel Hôpital Général d'Ottawa, en 1980, dans le quartier d'Alta Vista.
L'édifice historique héberge toujours les religieuses, et les Soins continus Bruyère, le Centre de médecine familiale Bruyère, les archives de la congrégation et un musée dédié à l'œuvre exceptionnelle des Sœurs de la Charité dans la communauté.
« La magnifique chapelle fait aussi partie du riche patrimoine religieux des francophones de la région », remarque M. Prévost.
Deux cadrans solaires
À l'angle sud-ouest du bâtiment, les observateurs remarqueront deux cadrans solaires, qui sont, selon M. Prévost, « des joyaux du patrimoine d'Ottawa et de tout le continent ».
Ils figurent parmi les premiers du genre au Canada et dans toute l'Amérique du Nord.
Réalisés en 1851 par le père Jean-François Allard, ils indiquent l'heure exacte et constituent le premier système d'horlogerie de la capitale.
Cette prouesse technique vaut à l'archiviste en chef de l'Université d'Ottawa cette interrogation : « Qui a dit qu'Ottawa n'était pas en avance sur son temps ? ».

