C’est tout à fait par hasard si je suis où je suis aujourd’hui. Bon… pas totalement par hasard, mes aptitudes en journalisme ayant certainement joué dans la balance. Ça aurait été du vrai hasard si j’avais eu une formation d’ébéniste et qu’on m’avait embauché comme rédacteur en chef de L’Express d’Ottawa et de La Nouvelle de Prescott-Russell.
Blague à part, je suis arrivé dans la région de la capitale nationale en octobre 2007. Sauf deux périples de deux ou trois jours, je n’avais jamais vraiment exploré la région d’Ottawa et de l’Est ontarien.
Je n’avais jamais remarqué le nom des villages le long de l’autoroute 417 : La Nation, Limoges, Embrun, St-Albert, St-Isidore. Je n’avais pas non plus fait le lien entre fonction publique et bilinguisme. Lien de base, me direz-vous, mais que je n’avais tout simplement jamais vraiment cherché à établir. Bref, je n’avais jamais pris conscience que les francophones étaient bien présents en Ontario, notamment dans l’Est.
Comme je l’expliquais, je suis arrivé ici par hasard à l’automne 2007, en pleine campagne électorale provinciale. Ma copine et moi revenions à peine d’un long voyage de 10 mois à l’étranger, et elle venait de se faire offrir un poste dans une entreprise d’Ottawa. Comme nous avions conclu un accord qu’on allait suivre celui ou celle qui allait se trouver un emploi en premier, nous sommes venus nous installer ici.
C’est en lisant L’Express, à Place d’Orléans, que j’ai constaté, premièrement, que les communautés francophones ontariennes n’avaient pas que pour seul outil le quotidien Le Droit. Loin de là. Les hebdomadaires pleuvaient dans l’Est ontarien, mais aussi partout en Ontario. C’est d’ailleurs dans L’Express que j’ai pris connaissance de l’offre d’emploi à La Nouvelle.
Mis à part quelques emplois en journalisme, je n’avais pas encore de solides bases dans le métier, si l’on peut dire. Mais j’étais déterminé et motivé.
C’est ce qui m’a valu mon emploi comme journaliste à La Nouvelle, publication sœur de L’Express. Ça et le fait qu’il fallait quelqu’un pour couvrir la soirée électorale – dès mon premier jour, j’ai été lancé dans l’arène, dans Glengarry-Prescott-Russell, là où Jean-Marc Lalonde livrait une lutte au maire de La Nation, Denis Pommainville.
Je me souviendrai toujours de cette première véritable assignation, alors que le torchon brûlait particulièrement entre les deux hommes. Déjà, la consonance francophone des noms des deux hommes m’avaient marqué.
Je n’avais pas encore compris que la francophonie était si importante, fière, combative et allumée en Ontario.
Je n’ai pas eu besoin de trop de temps pour le constater. En tant que journaliste qui a soif d’apprendre, je me suis assuré de lire énormément sur les Franco-Ontariens : leur histoire, leurs combats, leurs figures de proue, leurs déceptions, leur emblème, aussi.
J’ai voulu comprendre, parce que de ma ville natale, Québec, on n’entend pas beaucoup parler d’eux. Évidemment, j’avais entendu parler de S.O.S. Montfort – un peu, surtout lorsque ça impliquait des acteurs et des intervenants québécois – , mais je n’aurais pas pu, à l’époque, vous parler de Gisèle Lalonde. Tout comme je n’aurais pas pu identifier le drapeau franco-ontarien.
Je partais donc de loin. Mais j’ai appris, petit à petit.
J’ai appris sur le Règlement 17, sur la bataille de Montfort, sur la Loi sur les services en français. J’ai lu à propos des parcours de Bernard Grandmaître et Jean-Robert Gauthier. J’ai découvert Orléans et Vanier, La Nation et Embrun, Casselman, Crysler, et tous ces endroits où on me dit «salut!» en premier, et non «how is it going?». J’ai compris qu’on pouvait vivre en français en Ontario, qu’il y avait des institutions, des droits et des ressources. Et j’ai fait la rencontre du lys et du trille, notamment à travers les monuments de la francophonie.
Ces connaissances, que je continue d’approfondir chaque jour dans le cadre de mon travail mais aussi dans ma vie personnelle, me servent quotidiennement, il va sans dire. Je comprends mieux la dynamique franco-ontarienne, la pensée de mes interlocuteurs, la passion qui les anime, en tant que Franco-Ontariens.
Je comprends pourquoi aujourd’hui, demain et au siècle prochain, ils veulent et voudront encore leurs monuments, leur drapeau géant battant dans le vent. Je peux vivre leur fierté envers cette icône verte et blanche, qui les représente.
Mes racines demeurent et demeureront québécoises. On ne peut pas changer ses racines.
Mais aujourd’hui, je me qualifie de Franco-Ontarien d’adoption. Peu importe où la vie me mènera, je sais que j’aurai un jour fait partie de cette grande famille de presque 600 000 francophones habitant l’Ontario.
Étant globe-trotter de nature, il est peu probable que je m’établisse définitivement à Ottawa. Sauf que tout au long de ma vie, lorsque j’apercevrai le drapeau franco-ontarien, une foule de souvenirs me reviendront en tête à propos d’un peuple qui a su, et qui sait encore, se tenir debout.