Certains ont cru en un poisson d’avril. Parce qu’effectivement, il était impensable qu’en 2009, un gouvernement soi-disant démocratique approuve une telle loi, si dégradante pour la femme. Il ne pouvait s’agir que d’un canular.
Mais ce n’était pas une farce.
N’eut été l’intervention et la dénonciation au quotidien The Guardian d’une agence de l’ONU, on n’aurait jamais été mis au courant de cette loi, la semaine dernière, adoptée en douce par le gouvernement afghan, sans même en avoir discuté devant les membres du parlement, qui compte justement plusieurs membres féminins. Tout un progrès vers la démocratie…
Selon cette Nouvelle loi sur la famille afghane, comme le suggère son titre, les femmes chiites ne pourraient pas quitter la maison, aller à l’école ou chez le médecin ou avoir la garde de leurs enfants sans la permission ou la présence de leur mari. Aussi, les femmes mariées n’auraient plus le droit de refuser d’avoir des relations sexuelles avec leur mari. Ce qui donne pratiquement aux hommes de confession chiite le droit de violer leur épouse sans crainte de représailles.
Les réactions au pays n’ont pas tardé. Tous les partis politiques à Ottawa ont dénoncé la loi, dès la fin de la semaine dernière. Le président afghan, Hamid Karzaï, n’a pas bronché, ne livrant aucun commentaire.
Puis, au Sommet du G-20, à Strasbourg, M. Karzaï a déclaré que le texte de la loi serait revu et que s’il ne correspondait pas à la constitution du pays, il serait modifié. Il a même prétexté l’erreur de traduction, lui qui a affirmé avoir lu le texte et ne rien y avoir trouvé de mal.
Finalement, on apprenait lundi que l’Afghanistan allait modifier la loi, afin de la rendre conforme à la constitution, à la suite d’innombrables réactions d’indignation de la communauté internationale, qui soutient monétairement et militairement la reconstruction du pays.
Que nous montre cette belle parade diplomatique?
En premier lieu, que l’Afghanistan est un pays complexe, dirigé parfois de manière cavalière. Si The Guardian n’avait pas obtenu cette information, comment aurions-nous appris l’existence de cette loi? L’aurions-nous su? Le gouvernement afghan aurait-il été de l’avant? Combien d’autres lois sont ainsi approuvées sans tenir compte des droits des individus, des femmes, des enfants, des travailleurs?
Ce qui nous ramène à la question de départ : que faisons-nous en Afghanistan, un pays aux idées diamétralement opposées aux nôtres, où l’imposition d’une démocratie (ou de tout autre système politique!) a toujours débouché sur un échec lamentable? Pourquoi sacrifier la vie de nos soldats canadiens dans ce bourbier? Comment justifier les milliards de dollars investis là-bas?
Le Canada a déjà dépensé 10 milliards $ en Afghanistan, en appui au gouvernement d’Hamid Karzaï. Cinq millions ont été investi récemment pour un projet de réforme du droit familial. Comment le Canada peut-il justifier ces dépenses, en pleine crise économique, alors qu’on voit clairement que la situation en Afghanistan évolue à pas de tortue?
Autre question fondamentale : comment l’OTAN, sous une forte pression américaine faut-il le rappeler, a-t-elle pensé pouvoir réussir là où des puissances comme la Grande-Bretagne et l’U.R.S.S. ont échoué? Comment?
Le gouvernement Harper a promis le retrait des troupes canadiennes en Afghanistan en 2011. Seulement, et on en a eu encore la preuve le week-end dernier, à Strasbourg, personne au sein de l’OTAN n’est prêt à prendre la relève. Les Américains tentent tant bien que mal de montrer l’exemple, en y envoyant des unités supplémentaires. Mais du côté européen, les alliés se montrent plutôt discrets…
Que se passera-t-il en 2011? Personne ne le sait encore. Mais une chose demeure : le pays en entier se rend aujourd’hui compte, alors que les décès se multiplient depuis quelques mois, qu’il est beaucoup plus difficile de sortir d’une guerre que d’y entrer. Et que contrairement aux conflits traditionnels, ce n’est pas une question de qui gagnera la guerre. Ce sera plutôt de faire le bilan de ce qu’on y aura perdu.