De plus en plus de Canadiens se voient obligés de se tourner vers les banques alimentaires, faute de moyens pour boucler leur budget en ces temps de récession.
La fréquentation des banques alimentaires a connu une hausse de 17,6% entre mars 2008 et mars 2009. Selon Banques alimentaires Canada, il s'agit de la plus importante augmentation depuis 1997.
Les résultats du sondage Bilan-Faim, publiés la semaine dernière par Banques alimentaires Canada, révèlent un visage sournois de la récession. Parce qu'elles avaient faim, près de 800 000 personnes ont franchi les portes d'une banque alimentaire en mars 2009 et 9,1% d'entre eux le faisant pour la première fois.
Résultat : les banques alimentaires n'arrivent plus à répondre à la demande, 31% d'entre elles déclarant manquer de denrées. Plusieurs se sont vues obligées de couper dans les portions.
«C'est une vague qui nous envahit. Les ressources dont on dispose ne suffisent plus», affirme Jean Pigeon, de Moisson Outaouais.
La conjoncture économique y est pour beaucoup, croit Jean Pigeon, qui est aussi porte-parole de Banques alimentaire Canada. «À pareille date l'an dernier, nous étions inquiets. On continue d'être inquiets aujourd'hui.»
Les dons aux banques centrales, qui distribuent les denrées aux banques alimentaires locales, ont diminué. Il semble par contre que dans les milieux ruraux et dans plusieurs communautés, la générosité des donateurs envers la banque alimentaire de l'endroit se soit maintenue.
«À Vanier, nous formons une petite communauté. Les dons se sont maintenus, parce que nous entretenons des liens personnalisés avec les donateurs», a confié Andrew Rhéaume, directeur de Partage Vanier, près du centre-ville d'Ottawa.
Comme nombre de banques alimentaires au Canada, Partage Vanier a dû utiliser une partie de son budget pour acheter des denrées, puisque les livraisons d'aliments en provenance de la Banque d'alimentation d'Ottawa se sont faites plus petites.
Jean Pigeon a noté une augmentation du nombre d'étudiants du collégial chez Partage Vanier. Les aînés sont aussi plus nombreux, souvent parce que le coût de la vie augmente, alors que leurs revenus demeurent les mêmes.
C'est en Alberta où la fréquentation des banques alimentaires a connu le bond le plus spectaculaire : 61%.
«Les salaires et le nombre d'emplois disponibles ont diminué, mais pas les dépenses courantes des ménages», rapporte Richard Le Sueur, d'Alberta Food Banks.
Des familles ayant touché de bons revenus d'emploi se voient maintenant obligées d'utiliser les banques alimentaires pour ne pas perdre leur maison ou leur voiture, observe Richard Le Sueur.
«Si on ne paie pas notre loyer ou notre hypothèque, ou nos frais de transport pour se rendre au travail, il y a des conséquences immédiates. Parfois, couper dans l'alimentation devient une option.»
La fréquentation des banques alimentaires a augmenté de 20% en Nouvelle-Écosse, 14% au Nouveau-Brunswick, 8% au Québec, 18% au Manitoba, 6% en Saskatchewan et 15% en Colombie-Britannique.
Banques alimentaires Canada revendique une politique nationale de lutte contre la pauvreté. «Beaucoup de choses ont été faites, mais ce n'est pas suffisant, affirme Jean Pigeon. La demande dans les banques alimentaires est en croissance, donc il doit y avoir des réformes dans les programmes.» (APF)

