Le Palais de justice d’Ottawa était bondé de curieux hier, au procès du maire Larry O’Brien, tous venu pour entendre la décision du juge Douglas Cunningham.
O’Brien était accusé de trafic d’influence et de fraude, alors qu’il aurait tenté de soudoyer un candidat rival de la droite aux élections municipales de 2006.
La salle de cour no. 36 était remplie à capacité. Les derniers arrivés ont dû aller s’asseoir dans la salle avoisinante, la no. 37, pour suivre le jugement sur un écran géant. Juste comme au cinéma.
Le juge a commencé en disant que ce n’était pas un concours de crédibilité entre le maire O’Brien et Terry Kilrea.
Après ça, le juge a pris une heure pour expliquer comment il rejetait la crédibilité de Kilrea et bien d’autres témoins du procureur de la Couronne que la police avait pris plus d’un an à retrouver, de peine et de misère.
«Confus, contradictoire, imprécis, inexact…» Le juge Cunningham a vidé le dictionnaire pour décrire combien il ne faisait pas confiance à ce que les témoins avaient dit d’O’Brien.
Même le maire y a goûté. Le juge a qualifié de «bullshit» (merde) certains propos qu’O’Brien aurait dit à Kilrea pour l’inciter à se retirer de la course à la mairie, laissant le champ libre à O’Brien pour aller chercher les votes de la droite politique.
Le juge a dit qu’il n’avalait pas tout ce que O’Brien avait dit à la police sous serment mais qu’en fin de compte, il ne pouvait pas conclure «hors de tout doute» – comme la loi l’exige pour une condamnation – que le maire O’Brien était coupable d’avoir offert un poste à la Commission des libérations conditionnelles à Kilrea.
Oui, les deux hommes ont discuté à plus qu’une reprise d’une job au fédéral pour Kilrea (notamment dehors, à table, au café du 700, promenade Sussex, et plus tard, enfouis dans une voiture en arrière d’un Tim Hortons au 700, chemin Robertson).
Mais le juge Cunningham a expliqué que ce n’est pas un crime de conseiller à un adversaire politique de ne pas se présenter à des élections, ni même d’aller se chercher un autre travail. Cette dernière remarque a fait rire l’auditoire dans la salle 37.
Le juge a qualifié d’«imprécis» le témoignage de la députée conservatrice au provincial, Lisa MacLeod.
Elle a témoigné à l'effet que le maire lui avait dit que Kilrea ne serait pas de la course à la mairie parce qu’un poste lui serait offert. Le juge Cunningham a dit que la pauvre MacLeod avait eu du cancer et de la maladie dans sa famille. Cela expliquait l’imprécision dans son témoignage.
Le juge a dit que Kilrea n’était pas crédible quand il a témoigné qu’il avait rencontré O’Brien sur la terrasse au 700, Sussex «au début de juillet 2006», pour ensuite changer son témoignage «au 5 juillet», pour ensuite ramener cela «au 12 juillet».
Selon le juge, Kilrea avait fait plusieurs autres erreurs de faits, et s’était contredit à plusieurs reprises dans la boîte des témoins pendant les 19 jours du procès.
Le juge a conclu qu’il n’avait pas d’autre choix que d’acquitter O’Brien.
L’an dernier, le maire a refusé de démissionner lorsqu’il a été accusé devant le tribunal. Il s’est trouvé un des meilleurs avocats criminalistes de la ville, Michael Edelson, secondé par une équipe impressionnante de talent superbe pour le défendre en cour.
Seulement lorsque le procès a commencé au printemps dernier a-t-il cédé sa place dans le fauteuil de maire à l’hôtel de ville à un remplaçant temporaire. Il reprendra son fauteuil sous peu.
On s’attend que vu qu’il a été acquitté hier, il exigera qu’il ait droit aux dizaines de milliers de dollars en salaire qui lui sont dus.
Il est même possible qu’O’Brien, un multimillionnaire et propriétaire de compagnies de fabricants d’armes, exige qu’on paie ses centaines de milliers de dollars en frais d’avocats parce que les plaintes contre lui avaient rapport à des événements liés à son travail.
