On ne s’attendait pas à ça du tout.
Il est arrivé quelque chose en cour mardi qui retardera le procès du maire d’Ottawa, Larry O’Brien, d’au moins une semaine.
Les avocats d’O’Brien ont demandé au juge Douglas Cunningham de carrément laisser tomber les accusations de fraude et de trafic d’influence contre leur client jusqu'à ce que la cour décide si les lois qui s’appliquent au maire dans ce cas-ci sont légales.
Les avocats disent que si les lois elles-mêmes sont illégales, le maire n’aurait jamais dû être accusé de quoi que ce soit.
La police et le procureur allèguent que le maire a offert un beau poste à la Commission des libérations conditionnelles à un adversaire, Terry Kilrea, pour qu’il se retire de la course à la mairie aux dernières élections municipales.
En termes de loi, ce que ses avocats ont fait s’appelle une requête de non-lieu.
D’habitude, de telles requêtes sont présentées par les avocats d’un accusé avant le début du procès, pas après un mois de témoignages, et après que la cour ait entendu une douzaine de témoins, ce qui a coûté une fortune aux contribuables.
Et d’habitude ces requêtes reposent sur un manque de preuve contre l’accusé, pas sur une question légale à savoir si une telle loi s’applique ou non.
Les avocats du maire sont arrivés à la fin de l’avant-midi avec un tas de documents, gros comme un bloc de ciment. Ni le juge, ni le procureur, n'avaient eu le temps d’en prendre connaissance. Les centaines de pages pourraient prendre facilement une semaine à lire.
Les avocats d’O’Brien ont promis de fournir un témoin-expert surprise pour expliquer leur argumentation.
À l’hôtel de ville, cette nouvelle est arrivée comme un choc, là où tout allait mieux depuis le départ du querelleux maire O’Brien.
«Tout va mieux depuis que le maire est parti», dit le conseiller Georges Bédard.
Le conseil a remplacé O’Brien, pour le moment, par le conseiller Michel Bellemare, qui fait un travail efficace et magnifique et donne la chance à tout le monde de s’exprimer.
«L’atmosphère est moins tendue», dit Bédard.
La ville a signé une entente avec le syndicat des chauffeurs d’autobus pour remplacer les grèves dans l’avenir par des séances de médiation. Le conseil a assuré les travailleurs qu’il n’est plus question de tenter de détruire leur syndicat.
«Je doute qu’on aurait eu cette entente si le maire O’Brien était toujours ici», a ajouté M. Bédard.
Le conseil s’est mis d’accord sans grand problème pour décider les sites des arrêts du futur train dans le tunnel au centre-ville.
Et le conseil se dirige vers une décision importante très bientôt sur l’avenir du Parc Lansdowne, sans la participation du maire et de ses habitudes de mettre des bâtons dans les roues, comme il a fait avec le dernier projet de train.
C’est avec raison que la majorité du conseil n’est pas pressée de voir revenir le maire O’Brien.
Un délai dans le procès d’O’Brien ferait l’affaire des Conservateurs de Stephen Harper. Ils seraient très heureux de voir la fin temporaire de ce maudit procès, qui les expose quotidiennement à des risques politiques.
Ils sont tannés de voir jour après jour défiler une série de leurs ministres, députés et organisateurs devant le juge pour révéler dans leurs plus intimes détails les procédures qu’ils utilisent pour récompenser des amis et distribuer des jobs.
Pourquoi révéler au grand public qui tire vraiment les ficelles et contrôle les fioles au parlement?
Bien mieux de mettre la clef dans la porte à cette affaire pour quelque temps, et donner à la cour le temps de débattre la légalité de ses lois, que de continuer à se mettre tout nu sur la place publique, juste avant les élections.
