C’est le procès politique du siècle à Ottawa qui débute lundi prochain.
Le maire Larry O’Brien est accusé par la police de fraudes criminelles et de trafic d’influence en rapport avec les élections municipales de 2006.
La police allègue qu’O’Brien aurait offert au politicien Terry Kilrea une job au fédéral de commissaire aux libérations conditionnelles par l’entremise de ses amis conservateurs au pouvoir, si en retour, Kilrea abandonnait la course à la mairie.
À ce moment, en 2006, O’Brien était en troisième place dans les sondages. Le vote de la droite était divisé entre O’Brien et Kilrea.
Kilrea a cédé sa place. Il s’est retiré de la course. Après son départ, O’Brien s’est présenté et a passé entre deux autres candidats, le maire sortant Bob Chiarelli et Alex Munter, pour devenir maire.
Kilrea n’a jamais eu de gros job au fédéral. Il est allé voir la police.
O’Brien clame qu’il est innocent et n’a jamais offert de job à Kilrea pour l’inciter à se retirer de la course à la mairie bien qu’il admette qu’il l’ait rencontré à quelques reprises.
C’est comme un téléroman à saveur politique, avec une distribution de politiciens conservateurs bien connus à Ottawa.
D’un côté, on a le maire O’Brien, fils de vendeur de voitures usagées, devenu multi-millionaire et maire d’Ottawa. De l’autre, Terry Kilrea, aussi fils de vendeur de voitures usagées, devenu politicien raté et aujourd’hui livreur de journaux le matin. Quel drame?
Les policiers se préparent à nous raconter des histoires des rencontres entre O’Brien et Kilrea dans un café public avec un chien comme témoin, et une politicienne conservatrice qui aurait tout vu de l’autre côté de la rue, au deuxième étage, dans une salle d’exercice d’un club de femmes.
Ottawa est tellement petit que si deux politiciens se rencontrent en public, le témoin a de bonnes chances d’être un troisième politicien.
Les procureurs feront état également de rencontres entre O’Brien et Kilrea dans des terrains de stationnement derrière des restaurants Tim Horton’s. C’est bien Ottawa. On veut se parler. Donc on va chez Tim Horton’s.
La police dit avoir un témoignage secret d’une personne anonyme qui dit avoir vu John Baird et Larry O’Brien le 23 juillet 2006 dans le restaurant Hy’s Steakhouse. Baird dit qu’il était là mais ce n’était pas avec O’Brien, mais plutôt avec un jeune de 18 ans. Qu’est-ce que Baird, un végétarien, faisait dans un restaurant connu pour son bœuf et son bon vin avec un jeune de 18 ans?
La police a envoyé un subpoena à John Reynolds, ancien président de la campagne conservatrice qui a porté Stephen Harper au pouvoir en 2006. Aujourd’hui, il est un marchandeur politique bien connu à Ottawa. Reynolds dit ne pas se rappeler avoir parlé avec le maire d’un job pour Kilrea.
La députée conservatrice au provincial de Nepean-Carleton sera aussi témoin. Ainsi que la nièce d’O’Brien.
Le procès a attiré l’attention du monde entier. La célèbre revue britannique The Economist a traité du procès. CBC/Radio-Canada a affecté quatre bons journalistes à sa couverture.
Comme dirait Elvis Gratton : «O’Brien nous a mis sur la map».
