Francis Veber est incontestablement le maître du comique, avec des films comme Le Dîner de Cons avec Jacques Villerert, Le Placard avec Daniel Auteuil, plusieurs films avec Gérard Depardieu (Les Compères, Les Fugitifs) ou même ses premiers films avec Pierre Richard comme Le Grand Blond, La Chèvre et Le Jouet. Ses thèmes sont intelligents et contemporains, et le personnage principal s’appelle toujours François Pignon, un pauvre ‘con’, sympathique malgré tout! En hommage à Veber, la plupart de ses films ont fait l’objet de remake à Hollywood dans des versions médiocres où les subtilités étaient perdues.
Dans L’emmerdeur original réalisé par Edouard Molinaro, François Pignon est un représentant des ventes déprimé, interprété par le grand poète-chanteur Jacques Brel, qui est tordant. Il prend une chambre d’hôtel dans le but de se suicider – la femme de sa vie l’a quitté! Cependant, dans la chambre contiguë, il y a Ralph Milan, un tueur à gages embauché par la mafia, interprété par l’excellent Lino Ventura avec sa trogne de boxeur. La connexion hétéroclite de ces deux icones, l’un sentimental, philosophe et tellement gauche, l’autre flegmatique, imperturbable, ajoutait un piquant savoureux.
La nouvelle version de L’emmerdeur, scénarisée et réalisée par Francis Veber, est bien adaptée au contexte moderne avec la nouvelle technologie et la sécurité accrue à cause du terrorisme omniprésent de nos jours. François Pignon, interprété par Patrick Timsit, est un photographe pour la presse envoyé de Paris pour couvrir le procès d’un délateur mafieux (Michel Aumont) en voie de transfert au Palais de Justice pour témoigner. Richard Berry joue Milan, le tueur à gages qui doit l’assassiner de la fenêtre de sa chambre d’hôtel, mais il est toujours emmerdé par Pignon qu’il a promis de surveiller après sa tentative de suicide.
Les acteurs ne sont pas mauvais et même le duo Timsit/Berry avait obtenu un franc succès avec L’emmerdeur au théâtre en France dans les dernières années, néanmoins, il manque ce courant électrique qui survoltait le duo Brel/Ventura au cinéma.
Cette nouvelle version est beaucoup plus statique que l’original parce qu’elle se passe presque entièrement dans les deux chambres d’hôtel avec beaucoup de claquages de portes et de scènes de ‘slapstick’ prévisibles entre les protagonistes, avec le garçon de chambre ou l’amant de la femme de Pignon. À la longue, ça devient répétitif et plate.
Virginie LeDoyen, qui incarne Louise, la femme de Pignon, semble poser plus que jouer. Une erreur de casting? Michel Aumont a quelques scènes amusantes dans la fourgonnette avec les policiers. Cependant, il n’y a pas assez de déplacements et d’actions variées pour entretenir le rythme qui semble s’étirer et s’essouffler – on regarde sa montre, ce qui est mauvais signe puisque le film ne dure que 86 minutes!
La nouvelle version de L’emmerdeur a quand même de bons moments; on sourit, mais on ne rit pas franchement! Somme toute, ce remake décevant manque de rythme et de punch! L’emmerdeur sera à l’affiche au Cinéma 9 à partir du vendredi, 17 avril, mais «ça ne vaut pas le détour», comme dirait le Guide Michelin.
Le Top 5 de Giselle
1. The Pool de Chris Smith au Cinéma Empire 7.
2.Dédé – à travers les brumes, de Jean-Philippe Duval, encore à l’affiche au Starcité et au Cinéma 9.
3. Coraline, excellent film d’animation, surtout en 3-D.
4. Le crime est notre affaire, un ‘whodunnit’ moyen malgré la trempe des acteurs (Catherine Frot et André Dussolier) au Starcité.
5. Le Festival Diverciné, organisé par L’Ambassade de France au Cinéma Bytowne pour une semaine.
Notez : À ce temps-ci de l’année, c’est plutôt des films de type B, pas mémorables, qui sortent : c’est l’époque post-Oscars, pré-Cannes et avant les gros canons de l’été! Je vous recommande de louer la version originale de L’emmerdeur et de sortir le popcorn! Vous pouvez aller au www.dailymotion.com/video/x4vvvv_lemmerdeur-lino-ventura-vs-jacques_shortfilms pour visionner un extrait.
À propos de Giselle Nantais
Giselle Nantais est née cinéphile à Ottawa (est-ce possible?). Fille d'Hélène Brodeur et de Robert Nantais, elle s'est épanouie dans un univers rempli de livres et de films. Elle a fait ses études en lettres françaises et en espagnol, mais elle a aussi pris des cours de journalisme à l'Université Carleton. Elle a voyagé et travaillé en Europe, au Vénézuela et au Mexique. Après son bac spécialisé en pédagogie à l'Université d'Ottawa, elle s'est lancée dans l'enseignement à l'École secondaire catholique Garneau, à Orléans, où elle a enseigné le français et l'espagnol pendant 31 ans. Elle est aussi vice-présidente du Ciné-club d'Ottawa et critique de films pour la télévision Rogers depuis une quinzaine d'années.
