Gomorra : Le doigt dans l’engrenage…



<em>Gomorra</em> : Le doigt dans l’engrenage…

Gomorra : Le doigt dans l’engrenage…

Giselle Nantais
Publié le 30 Mars 2009
Publié le 18 Février 2010
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Le titre du film de Matteo Garrone, Gomorra ou Gomorrah, est un jeu de mots emblématique des Camorra, le réseau mafieux dans les alentours de Naples en Italie. C’est un film sinistre, triste, violent mais des plus réalistes.

Sujets :
Institut canadien , The Other , Bibliothèque Nationale , Naples , Italie , Cannes

Ce film, présenté par Martin Scorcese, a gagné le Grand Prix du Jury à Cannes en 2008, cinq prix européens et une multitude de nominations internationales. Adapté du roman de Roberto Saviano, qui a aussi participé au scénario, le film raconte les engrenages du réseau des Camorra dans les cités (HLM) napolitaines. Une fois le doigt dans cet engrenage, pas de sortie… Ce n’est pas un film hollywoodien, il n’y a aucun embellissement et les personnages ne sont pas attachants, bien que parfois on espère, dérogation romanesque, qu’ils s’en sortent envers et malgré tout.

On suit le quotidien de cinq groupes rattachés à la pègre locale : Toto, un ado de 13 ans qui rend déjà de petits services au boss; Don Ciro qui paient les familles des membres en tôle; deux jeunes écervelés dopés qui rêvent de partir leur propre réseau en imitant Scarface; Franco, industriel qui négocie et exécute l’enfouissement illégal de déchets toxiques tout en initiant son fils récalcitrant, Roberto; et enfin, Pasquale, grand couturier, chef d’atelier, qui essaie de se faire plus d’argent en entraînant la compétition chinoise. Tout ceci pour montrer que la pègre est inéluctable : elle manipule, gère le destin de tous, affectant les marchés internationaux et la bourse.

Pour la plupart, les acteurs sont des non-professionnels, recrutés dans la région, qui jouent de façon crue et réaliste leur personnage. Seul Toni Servillo (Franco), originaire de Naples, est une vedette nationale de cinéma, de théâtre et d’opéra en plus d’être réalisateur; il donne une performance des plus crédibles surtout dans la scène révoltante où ils utilisent des enfants de 10-12 ans pour conduire les camions dans les sites d’enfouissement. Salvatore Abruzzese, qui joue le jeune de Toto, évoque un jeune Robert De Niro se pratiquant devant un miroir dans Taxi Driver, mais il sera bafoué comme les autres…

La réalisation de Matteo Garrone est sobre, minimaliste et contrôlée malgré la violence parfois hallucinante (les deux écervelés dans un bordel ou en bobettes se pratiquant à la mitraillette sur les bords d’une rivière) et la misère qui rappellent bien l’histoire du Gomorrhe biblique. Roberto Saviano, l’auteur et scénariste, a reçu des menaces de mort de la Camorra à la suite de ce film, et est présentement sous la protection permanente de la police en Italie. Gomorra, qui a joué au Festival du film de l’Outaouais, sera à l’affiche pour une semaine au Cinéma Bytowne à partir du 27 mars, et prendra l’affiche dans les cinémas du Québec à partir du 17 avril.

Festival du film de l’Amérique latine (27 mars au 5 avril)

C’est devenu une tradition à l’Institut canadien du film de présenter le Festival de l’Amérique latine réunissant une vingtaine de films – toutes des primeurs dans la région – provenant directement des ambassades de ces pays. Prof d’espagnol pendant 30 ans, je ne peux qu’encourager les gens à voir ces films d’une grande diversité (drames, comédies, documentaires, etc.) qui proposent une image moderne, en évolution, des pays d’Amérique latine avec leurs défis et leur fierté.

Dans les drames à recommander : El Otro (The Other) (Argentine, 2007), drame existentialiste fascinant au sujet d’un homme qui décide d’adopter l’identité d’un individu décédé à ses côtés lors d’un voyage d’affaire (Lauréat de l’Ours d’argent au Festival de Berlin). Matar a Todos (Kill Them) (Uruguay, 2007) – drame juridique et politique sur la collaboration et l’abus de pouvoir des gouvernements d’Amérique latine.

Pour les films plus légers et fantaisistes, je vous recommande la comédie tordante Chile Puede (Chile Can Do It) de Ricardo Larrain, au sujet d’un magnat industriel qui envoie un astronaute dans l’espace mais qui n’a pas les fonds pour le ramener sur terre! À voir aussi sont Jogo de Cena (Playing) du Brésil et Polvo de Angel (Angel Dust) du Mexique.

Tous les films sont présentés à l’auditorium de la Bibliothèque Nationale au 395, rue Wellington à Ottawa. Vous pouvez obtenir de plus amples renseignements en allant sur le site de l’Institut canadien du film au www.cfi-icf.ca. Vous pourriez même gagner un voyage gratuit à Cuba!

Notez : À moins que vous ne soyez accros de la télésérie Grande ourse, je ne recommande pas ce film éponyme qui peut être déroutant aux non-initiés. Ce film, qui clôturait le Festival du film de l’Outaouais, comportait beaucoup de clichés, était assez inégal quant aux performances, et pour moi, assez pénible, merci!

À propos de Giselle Nantais

Giselle Nantais est née cinéphile à Ottawa (est-ce possible?). Fille d'Hélène Brodeur et de Robert Nantais, elle s'est épanouie dans un univers rempli de livres et de films. Elle a fait ses études en lettres françaises et en espagnol, mais elle a aussi pris des cours de journalisme à l'Université Carleton. Elle a voyagé et travaillé en Europe, au Vénézuela et au Mexique. Après son bac spécialisé en pédagogie à l'Université d'Ottawa, elle s'est lancée dans l'enseignement à l'École secondaire catholique Garneau, à Orléans, où elle a enseigné le français et l'espagnol pendant 31 ans. Elle est aussi vice-présidente du Ciné-club d'Ottawa et critique de films pour la télévision Rogers depuis une quinzaine d'années.

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