En rentrant de la chasse, Tivii (Natar Ungalaaq, l’acteur-clé dans Atanarjuat/The Running Man) apprend qu’il doit se présenter avec sa famille sur un navire de la Santé canadienne pour un examen médical. Identifié comme tuberculeux, il doit quitter sa femme et ses enfants, ainsi que sa Terre de Baffin, pour être traité. On l’envoie dans un hôpital de Québec où personne ne parle sa langue et où ses habitudes inuites deviennent la risée de ses compagnons de salle, condamnés comme lui. Seul son voisin immédiat, Joseph, joué avec beaucoup de sensibilité par Vincent-Guillaume Otis (Babine), essaie de le comprendre et de l’encourager.
Après une fugue de plusieurs jours, on le retrouve, presque mourant. Pour lui redonner le goût de vivre, Carole, son infirmière, interprétée par l’excellente Éveline Gélinas, fera venir d’un autre hôpital, Kaki, un jeune inuit orphelin qui lui servira d’interprète. Kaki (Paul-André Brasseur), bilingue, lui explique avec douceur et humour les manières des Blancs. Avec le temps, l’affection croît et Tivii rêve de lui enseigner à chasser plus tard et même de l’adopter…
Benoît Pilon, un documentariste, réalise avec brio son premier long-métrage de fiction, néanmoins basé sur des faits réels des années ‘50. Même si ce n’est pas un film à l’eau de rose, la disparition de certains compagnons de salle de Tivii est présentée avec finesse et douceur. Plusieurs s’en sauvent, mais après des traitements intensifs qui s’échelonnent souvent sur deux ans.
Bien que Tivii soit dans un hôpital catholique, ce n’est pas un prétexte au réalisateur pour des propos propagandistes, ni anti-cléricaux. C’est un film d’une rare humanité, mené à perfection par le réalisateur, d’après le scénario saisissant de Bernard Émond et appuyé par l’interprétation juste mais émouvante de Natar Ungalaaq.
La cinématographie éloquente démontre bien le contraste entre les paysages arctiques avec ses grands espaces blancs, et la forêt laurentienne qui semble se refermer sur le personnage de Tivii en fuite et qui a peine à respirer. Ce qu’il faut pour vivre a déjà obtenu le Prix du Public, le Prix du meilleur film canadien et le Grand Prix Spécial du Jury au Festival de films de Montréal en septembre 2008. De plus, il mène la liste des finalistes avec huit nominations aux prix Génie, dont la remise aura lieu le samedi 4 avril au Musée de l’aviation du Canada, à Ottawa.
Ce film à ne pas manquer est à l’affiche pour une semaine au Cinéma Bytowne à partir du vendredi 27 février.
Les choix de Giselle pour les Oscars :
Post-mortem, la soirée des Oscars fut semblable aux autres années avec quelques exceptions. Premièrement, Hugh Jackman, l’animateur de la soirée, n’est pas un comédien stand-up comme dans le passé; par contre, il commença la soirée comme Billy Crystal le faisait avec un numéro musical comique où il présentait les cinq films en nomination. Il faut dire que Jackman chante juste, danse très bien et a une belle voix pour faire les ponts; il s’est bien débrouillé pour une première fois.
Plutôt que de montrer des extraits de films des acteurs en nomination, ceux-ci étaient présentés par des lauréats de leur catégorie tels que Shirley Maclaine, Robert DeNiro, Marion Cotillard, Sophia Loren, Anthony Hopkins et autres, qui expliquaient les mérites de chacun. Reconnaître le talent de tous au lieu de montrer une compétition ardue avec des gagnants et des perdants…
Les Oscars ont été attribués assez équitablement aux films en nomination et pas mal selon les pronostics des critiques. L’hommage rendu à Heath Ledger était assez émouvant avec toute sa famille sur le podium, d’autant plus que sa performance dans le rôle du Joker dans Dark Knight méritait largement son Oscar. Enfin, après 6 nominations, Kate Winslet a obtenu l’Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans The Reader. Slumdog Millionnaire a bien mérité l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur ainsi que tous ses autres Oscars tels que cinématographie, montage, trame sonore et autres à cause de l’originalité et de la profondeur du sujet traité.
C’est dommage que Entre les murs de Laurent Cantet n’ait pas reçu l’Oscar du meilleur film étranger mais ça demeure un excellent film qui va sûrement reprendre l’affiche dans les cinémas-répertoires (Bytowne, 8 au 10 avril).
Le Top 5 de Giselle
1. Ce qu’il faut pour vivre/The Necessities of Life de Benoît Pilon (Bytowne)
2. Polytechnique de Denis Villeneuve (Cinéma 9 et Starcité)
3. Che de Steven Soderbergh (Bytowne)
4. Slumdog Millionnaire de Danny Boyle
5. The Reader de Stephen Daldry
Note : N’oubliez pas que Le Festival de films de l’Outaouais, du 12 au 20 mars, sera le lieu de rencontre des cinéphiles de la région. Bon cinéma à tous!
À propos de Giselle Nantais
Giselle Nantais est née cinéphile à Ottawa (est-ce possible?). Fille d'Hélène Brodeur et de Robert Nantais, elle s'est épanouie dans un univers rempli de livres et de films. Elle a fait ses études en lettres françaises et en espagnol, mais elle a aussi pris des cours de journalisme à l'Université Carleton. Elle a voyagé et travaillé en Europe, au Vénézuela et au Mexique. Après son bac spécialisé en pédagogie à l'Université d'Ottawa, elle s'est lancée dans l'enseignement à l'École secondaire catholique Garneau, à Orléans, où elle a enseigné le français et l'espagnol pendant 31 ans. Elle est aussi vice-présidente du Ciné-club d'Ottawa et critique de films pour la télévision Rogers depuis une quinzaine d'années.
