Un rêve qui flotte?



Un rêve qui flotte?

Un rêve qui flotte?

Gérald Poulin
Publié le 18 Août 2008
Publié le 18 Février 2010
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Sujets :
Orléans , Chemin Belcourt , Boulevard Saint-Joseph

On a parfois de ces rêves qui n’ont ni queue ni tête et qui nous hantent pendant très longtemps. On a beau faire, ils nous reviennent sans cesse. Ils peuvent continuer longtemps à nous trotter dans la tête sans jamais se réaliser ou jusqu’à ce qu’enfin, on réalise le plus persistant. C’est ce qu’avait en tête André Barrette, natif d’Orléans et membre de la famille qui habite depuis toujours sur le chemin Belcourt. C’est une famille qui a donné beaucoup d’enseignants à la communauté francophone de la région. André est aussi marié à une enseignante à la retraite, Rogathe Vinette, aussi native d’Orléans, de la famille qui a habité pendant des années sur le boulevard Saint-Joseph. Soit dit en passant qu’André est aussi un athlète. Lui et plusieurs de ses frères ont joué au hockey dans des ligues de garage pendant des années et ils étaient tous de bons joueurs. De plus, André est un quilleur d’élite puisqu’il joue dans des ligues de quille où les membres doivent avoir une moyenne d’au moins 235. Ce n’est pas peu dire et ceux qui pratiquent ce sport savent de quoi je parle.

Donc, André avait un de ces rêves. Il avait conçu dans sa tête un canot entièrement construit en bouchons de liège recyclés. Il ne savait pas si un tel canot pourrait flotter et à quoi il pourrait bien servir, peu lui importait. Mais André est un gars qui a fait et fait beaucoup pour les autres. Ce projet, un peu utopique, il le caressait depuis longtemps et il voulait le faire pour lui-même, pour sa propre satisfaction.

La construction de ce canot est finalement devenue son projet de retraite. En 1999, le projet a commencé à prendre forme. André a construit un moule en bois et a commencé à ramasser ses bouchons de liège. Vous savez ce dont je parle, les bouchons des bouteilles de vin. Pendant plus de cinq ans, il a patiemment percé chaque bouchon pour ensuite les enfiler sur fil de fer, rangée par rangée autour de son moule en forme de canot.

Plusieurs le croyaient un peu fêlé de se lancer une telle entreprise. D’autres étaient curieux de savoir pourquoi entreprendre un tel projet ou se demandaient si la chose pouvait flotter. Aux uns, André répondait qu’il ne savait pas pourquoi et aux autres, il disait : «Puis, s’il ne flotte pas, ça ne changera pas le monde». Et il continuait son travail de moine. À ses amis qui voulaient l’aider en lui donnant des bouchons, il avait fait un règlement : il n’acceptait pas plus de cent bouchons par ami. La raison en est simple, il n’aurait pas voulu qu’un ou l’autre passe pour un vulgaire «buveron» au nez rougi par le vin. Fournir 100 bouchons sur une période de cinq ans, c’est n’est que vingt bouteilles par année. Mais, il y avait une autre raison. André voulait garder secret le nombre de bouchons qui entreraient dans la construction de son arche.

Dernièrement, il me parlait de son projet et me disait que le jour fatidique du lancement de son canot approchait à grands pas. De fait, il avait fixé la date au 2 août, sur le lac où André et Rogathe habitent maintenant à Campbell’s Bay. Les invitations étaient faites. Les fournisseurs de bouchons, autres amis et parenté étaient tous invités. À deux heures, le jour dit, une centaine de spectateurs s’étaient amassés sur la berge du lac. André était fébrile. Il fallait deux hommes pour transporter ce monceau de bouchons de liège devenu canot. Tous se demandaient si cet appareil insolite allait flotter. On sait bien que du liège, ça flotte, mais avec les kilomètres de fil de fer, c’était lourd. Et porterait-il son concepteur? Voilà la question primordiale.

Tout un scénario accompagnait cet étrange lancement. On avait sur place bière et champagne pour agrémenter la sortie de tout ce beau monde. Eddie Coté, un ami de longue date d’André, avait apporté une casquette de capitaine pour André, le capitaine improvisé. Un autre ami avait fourni la pipe. André avait de ces flotteurs qui entourent les deux bras qu’on voit chez les enfants. Ainsi nippé, il avait l’air d’un vrai Popeye aux muscles saillants. André, d’abord seul dans le canot, est parti à la pagaie. Oh grand dieu de la mer! Tout a marché à merveille. Non seulement le canot flottait, mais il ne prenait même pas d’eau. Un grand triomphe pour André au son des acclamations de la foule. Il a fait une petite randonnée et est revenu pour prendre son frère René et vogue la galère!

Vous avez deviné? Il a fallu 15 458 bouchons pour compléter le bateau.

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