Bernard Émond, scénariste-réalisateur de films tels que La Neuvaine et Contre toute espérance, brosse ici un portrait sobre d’une région dure à apprivoiser, l’Abitibi; La donation, le troisième volet de sa trilogie, traite de la charité avec un thème bien d’actualité, la médecine dans les petits villages.
Le Dr. Rainville (Jacques Godin) veut prendre sa retraite, mais a de la difficulté à trouver un remplaçant. Oeuvrant dans la petite ville de Normétal depuis presque 50 ans, il est attaché à ses patients qu’il connaît, plusieurs pour les avoir mis au monde.
Elise Guilbault, qui reprend le rôle du Dr. Jeanne Dion, accepte de quitter Montréal pour un mois afin de le remplacer pendant qu’il voyage et réfléchir à la possibilité de prendre sa pratique. Son jeu est merveilleusement nuancé : peu de paroles suffisent pour présenter l’image d’un médecin habitué à agir spontanément avec des victimes dans les salles d’urgence, mais mal à l’aise avec des patients réguliers qu’elle devra suivre si elle accepte la proposition du Dr. Rainville. Non seulement suivre, mais revoir dans son quotidien de médecin de village où elle doit intervenir tout en respectant leur intimité.
C’est un défi de taille qui s’amorce avec des ados toxicomanes et irresponsables qui cherchent des solutions faciles dans un pays perdu, des mères courageuses atteintes de cancer, de vieux couples séparés par la mort, des convalescents à l’hôpital local ainsi que des accidentés de tout genre. Est-elle prête à assumer ce don de soi, d’où le titre du film, La donation?
Même si Jeanne est loin d’être fervente, les conseils du curé (Michel Daigle) et de sœur Gaetanne (Angèle Coutu) ne tombent pas dans l’oreille d’une sourde, mais elle n’est pas convaincue d’avoir cette vocation. Elle développe une amitié assez spéciale avec Pierre Grégoire (Eric Hoziel), le boulanger assez philosophe du village!
Les dialogues sont maigres, ce qui reflète la réalité de ses contacts avec les gens du coin; les expressions, les yeux surtout, sont beaucoup plus éloquents pour démontrer l’ouverture graduelle entre Jeanne, ses patients et la communauté. La caméra de Bernard Émond se promène lentement sur ce paysage vaste, rébarbatif, et suit subtilement chacun des personnages qu’il a créés et qui ont tous des choix à faire.
Bernard Émond, récipiendaire des prix Génie et Jutra pour le scénario de Ce qu’il faut pour vivre, mène l’intrigue à une conclusion logique et assez prévisible, mais la fin nous réserve quand même quelques surprises. La donation, qui a remporté le Prix du meilleur film canadien ainsi que le Prix Spécial du Jury au Festival de Toronto en septembre, est à l’affiche au Cinéma 9 de Gatineau.
Top 5 de Giselle
1- La Donation de Bernard Émond, dans les cinémas québécois le 6 novembre;
2- Coco avant Chanel d’Anne Fontaine, au Cinéma Bytowne du 13 au 26 novembre;
3- An Education de Lone Scherfig, au Cinéma Bytowne et au Kanata 24;
4- Men Who Stare at Goats, de Grant Heslov, dans les salles commerciales;
5- 5150 rue des Ormes, au Cinéma 9 de Gatineau.
Notez : La 24e édition du Festival de L’Union Européenne se déroulera du 19 novembre au 6 décembre à l’auditorium de la Bibliothèque nationale au 395, rue Wellington à Ottawa. Les 24 pays de l’Union Européenne présenteront chacun un film en primeur : avis spécial aux cinéphiles, la France présentera Le Prophète de Jacques Audiard, récipiendaire du Grand Prix du Jury au Festival de Cannes cette année!
À propos de Giselle Nantais
Giselle Nantais est née cinéphile à Ottawa (est-ce possible?). Fille d'Hélène Brodeur et de Robert Nantais, elle s'est épanouie dans un univers rempli de livres et de films. Elle a fait ses études en lettres françaises et en espagnol, mais elle a aussi pris des cours de journalisme à l'Université Carleton. Elle a voyagé et travaillé en Europe, au Vénézuela et au Mexique. Après son bac spécialisé en pédagogie à l'Université d'Ottawa, elle s'est lancée dans l'enseignement à l'École secondaire catholique Garneau, à Orléans, où elle a enseigné le français et l'espagnol pendant 31 ans. Elle est aussi vice-présidente du Ciné-club d'Ottawa et critique de films pour la télévision Rogers depuis une quinzaine d'années.
