Ce vieux sage, c’est Krystiyan, mon neveu. Je l’appelle mon p’tit Koko. Menu pour son âge, mais avec une vigueur comme vous n’avez jamais vue, Krystiyan porte des petites lunettes rondes à monture bleue (c’est sa couleur préférée!). Et ça lui donne des airs de petit philosophe. Mais lui, il ne se voit pas comme un Socrate ou un Deepak Chopra. Il aime dire qu’il est Superman ou John Smith, ou parfois même qu’il est un bébé qui marche à quatre pattes.
Krystiyan est né en Ukraine en avril 2001. Les quatorze premiers mois de sa vie, il les a passés entre la vie et la mort dans des hôpitaux et un orphelinat où les poupons sont laissés à eux-mêmes, à se «tapocher» tous ensemble dans un même parc, sans jouets et sans affection… Dans un orphelinat où on les nourrit de thé noir sucré et de bouillie de patates. Krystiyan refusait de manger. Qu’il soit encore vivant relève du miracle.
Ma sœur Lucie, qui est aussi ma meilleure amie, et Jim, son mari, ont adopté Kristiyan en juillet 2002. L’agence d’adoption leur avait indiqué qu’à 15 mois, le petit était très faible et ne marchait pas. Pourtant, lorsqu’ils se sont rendus à l’orphelinat, il a fait ses premiers pas pour marcher jusqu’à eux.
Je ne vous raconterai pas le courage et la détermination de ma sœur et de Jim pour permettre à cet enfant de trouver la santé. Mais une chose est certaine, c’est que Kristiyan, qui ne disait pas un mot à son arrivée, en quelques mois parlait comme un grand livre. Dès sa venue ici, ce n’est pas à manger qu’il cherchait comme on pourrait le penser après la privation qui lui avait été imposée. Il ne voulait que parler, rire et communiquer! Il a défié les diagnostics des neurologues à l’effet qu’il ne pourrait jamais parler. À trois ans et demi, il était parfaitement bilingue.
À tous les soirs ou presque, ma sœur et moi, nous nous téléphonons. Et j’ai toujours hâte de savoir si une nouvelle perle de sagesse est sortie de la tête de Krystiyan.
Voici celle d’hier soir :
Jim, Lucie et Krystiyan sont à table pour souper. Jim, qui est propriétaire d’un Centre de construction Home Hardware, ne cesse de se plaindre d’une personne plutôt désagréable qui s’est pointée au magasin pour… faire du trouble! Et il ne peut se sortir de ce marasme, faisant subir à sa famille une énergie négative non sollicitée!
Krystiyan dépose sa fourchette et s’accote la tête penchée dans la main. Il regarde son père et lui dit :
— Papa, quand une seule personne n’est pas gentille, c’est comme s’il y en avait 100!
— Oui, c’est ça, Kris, t’as tout compris.
— Puis t’en parles. Puis t’en parles, puis t’en parles. Tu ne peux pas arrêter d’en parler et d’y penser, hein Papa?
— C’est vrai ça Kris! Ce monde-là draine toute notre énergie. T’as tout compris.
— Le seul problème, c’est que t’oublies les personnes qui ont été gentilles!
Toujours voir le beau et le bon. Est-ce cette philosophie innée dans ce petit garçon qui lui a permis de relever, depuis sa naissance, des défis auxquels vous et moi n’auront jamais à faire face dans notre vie?
À tous les jours je remercie la vie d’avoir placé Krystiyan sur mon chemin.
Merci mon p’tit Koko d’être dans ma vie
Je connais un vieux sage et il n’a que sept ans. Dans les moments les plus perturbants et déroutants, il nous regarde dans les yeux et avec une parole, il désamorce la situation et nous remet en contact avec la vie. Avec la joie.
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