Candidats aux prochaines élections fédérales, vous pouvez ranger vos listes électorales et vos pancartes. Organisateurs, prenez deux semaines de vacances, l’été ayant été particulièrement tendu pour vous. Électeurs, dormez en paix ; vous ne serez pas appelés aux urnes pour une quatrième fois en cinq ans cet automne.
C’est ma prédiction, et vous en faites ce que vous voulez. Mais à voir les hésitations des derniers jours chez les Néo-démocrates de Jack Layton et chez les Bloquistes de Gilles Duceppe, nous sommes loin d’un «si la tendance se maintient» cet automne. De toute façon, personne n’en veut, de ces élections.
Vrai, depuis l’annonce du chef libéral Michael Ignatieff à Sudbury il y a deux semaines, qui disait essentiellement qu’il n’appuierait plus les Conservateurs de Stephen Harper, la frénésie électorale a atteint un pic qu’on n’avait pas vu depuis la coalition libérale-néo-démocrate appuyée par le Bloc québécois, un regroupement pratiquement mort-née, l’hiver dernier. Cette frénésie est alimentée par tous les médias nationaux, évidemment. En cette rentrée des classes, rien de tel qu’un feuilleton parlementaire. C’est devenu une habitude, et franchement, ça commence à tourner en rond. Comme un bouquin qui n’aboutit pas après 400 pages.
Cette fois-ci, par contre, les acteurs semblent vouloir changer. M. Ignatieff n’ayant plus le choix d’attaquer le premier ministre et ses troupes, il devait annoncer ses couleurs. Finis, les appuis qui permettront aux Conservateurs de survivre. À ce propos, il devait s’éloigner de l’image de Stéphane Dion, dont on dit qu’il aura été l’un des plus précieux collaborateurs de M. Harper, en votant constamment en faveur du gouvernement minoritaire. Le nouveau chef libéral, dont la lune de miel s’est terminée cet été, devait se détacher de ce legs de «suiveux».
Coup de théâtre, donc. Les Libéraux n’appuient plus le gouvernement. C’est bien beau, mais les Rouges ne représentent que 25% des députés à la Chambre des communes, contre 16% pour le Bloc et 12% pour le NPD.
C’est donc dire que si Stephen Harper s’allie avec les «socialistes» (NPD) ou les «séparatistes» (Bloc), pour reprendre ses termes, il sauvera la peau de son gouvernement. Simplement en leur offrant un bonbon. Par exemple, la prolongation de 5 à 20 semaines des prestations d'assurance-emploi des travailleurs dits de longue durée, comme on l’a vu lundi.
Une telle mesure de gauche, qu’un gouvernement conservateur majoritaire n’aurait jamais même pensée, a réussi à amadouer le NPD et le Bloc, ce qui permettra vendredi l’adoption d’une motion de voies et moyens contenue dans le dernier budget fédéral.
Question : comment appelle-t-on un gouvernement parlementaire constitué par des membres de plusieurs partis qui ont accepté de coopérer ensemble? Eh oui, une coalition.
En parvenant à des coalitions multiples avec les différents partis (quand ce ne sont pas les Libéraux, ce sont les Néo-démocrates ou les Bloquistes), les Conservateurs de Stephen Harper gagnent du temps, en espérant que ces tactiques qui paraissent bien aux yeux des électeurs leur offriront la majorité des sièges lorsque le Parlement atteindra de nouveau l’impasse et que des élections générales seront déclenchées.
Le principe de coalition, tant décrié par Stephen Harper et ses troupes en décembre dernier, est appliqué par le premier ministre lui-même! Bien entendu, il se défend de jouer des jeux de coulisses. Les Canadiens rejettent ce genre de tactique, disait-il voilà à peine deux semaines. Mais entre vous et moi, que le bonbon vienne d’un coup de téléphone privé ou des micros des journalistes lors d’une conférence de presse, est-ce que ça change vraiment quelque chose?
Les électeurs canadiens n’ont pas voté pour une coalition libérale-néo-démocrate appuyée par le Bloc, décriaient Stephen Harper et tous ses lieutenants, déchirant pratiquement leurs chemises devant un tel scandale.
Alors M. Harper, les électeurs conservateurs, vos électeurs, dites-moi, ont-ils voté pour des mesures qui sont à contresens de l’idéologie de votre parti? Ont-ils voté pour des mesures exigées des méchants «socialistes» et des «séparatistes»? La question mérite d’être posée dans les deux sens…