C’est une formule politique classique, qui a fait ses preuves. Annoncez aux contribuables qu’ils auront droit à une baisse d’impôt, et vous aurez leur sympathie, du moins pour quelques temps.
C’est bien connu, les citoyens canadiens sont tannés de payer pour tout, tout le temps. Hausse des taxes foncières, des taxes scolaires, du coût de la vie : les dépenses sont en constante augmentation, alors que les salaires ne suivent pas toujours.
Alors, lorsqu’un gouvernement leur annonce qu’ils paieront moins d’impôts, pas étonnant qu’ils soient d’accord. Surtout en période de crise économique.
Des baisses d’impôt ont été annoncées en grandes pompes, tant pour les particuliers que pour les entreprises, lors du budget fédéral de mardi. Des baisses d’impôt qui ne seront effectives, soit dit en passant, que lors de l’exercice financier 2009, donc sur votre déclaration de revenus que vous allez remplir en février ou mars 2010. Selon certains analystes, dont ceux de la Banque du Canada, la récession pourrait déjà être reléguée aux oubliettes dès la fin de l’été.
Les baisses d’impôt ne redonneront pas leur emploi aux travailleurs de l’automobile, de la foresterie et des technologies. Les baisses d’impôts ne permettront pas aux petites et moyennes entreprises de combler le manque à gagner de leurs carnets de commandes dénudés. Les baisses d’impôts ne donneront pas aux consommateurs canadiens les liquidités nécessaires afin de rétablir leur confiance, et ainsi continuer de supporter l’économie.
Non.
Ce que les baisses d’impôts feront, par contre, c’est mettre une idée de bon gouvernement dans la tête des Canadiens. C’est de faire oublier le discours partisan et honteux présenté lors de l’énoncé économique de novembre dernier par Jim Flaherty. C’est, aussi, de permettre à nouveau la paix parlementaire.
Stephen Harper a joué gros lors de cette mise à jour économique, l’automne dernier. Surpris par la réponse de l’opposition, il doit aujourd’hui se rétracter. Il doit appeler à la collaboration, faire semblant qu’il est à l’écoute des autres partis. Préparer sa nouvelle offensive, tout en gardant le pouvoir. Il a peut-être compris qu’en situation minoritaire, il était bien mal vu d’imposer ses idéologies.
Mais même si le discours de façade a changé du tout au tout en l’espace de quelques semaines, il ne faut pas s’attendre à un changement total de personnalité du premier ministre.
Harper veut investir en culture, alors qu’il y a à peine quelques mois, il était le premier à vouloir sabrer dans les programmes culturels, provoquant une levée de boucliers au sein de la communauté artistique.
Il veut créer des fonds pour venir en aide aux travailleurs, alors qu’avant les Fêtes, il voulait enlever le droit de grève aux fonctionnaires.
Si, au lieu de faire passer les idées de son parti en avant-plan, Harper avait choisi de sortir le pays du pétrin et de lui préparer un plan de survie, nous n’en serions pas là, à se demander si des élections auront lieu cet hiver. Si, au lieu de proroger et de tenter de s’accrocher au pouvoir, il avait écouté les autres partis, le pays tout entier ne serait pas sur le qui-vive. Et déjà, on aurait commencé à sauver des emplois, à investir dans la formation, à retaper nos infrastructures.
Aujourd’hui, Harper nous dit que la politique partisane n'est pas de mise avec la période difficile qui s'amorce. Cette crise économique, on la voyait déjà venir, en novembre dernier. La dinde et les cadeaux ont-ils à ce point affecté la mémoire des Canadiens?
Ah, mais non, j’oubliais, tout va bien. On aura droit à des baisses d’impôt.