Un crime d’honneur. Voici l’hypothèse, non confirmée des policiers, mais rapportée dans plusieurs médias la semaine dernière, afin d’expliquer le quadruple homicide survenu à Kingston, le 30 juin dernier.
Quatre femmes d’une même famille avaient alors été retrouvées sans vie, à bord d’une voiture gisant au fond du lac Colonel By, à l’embouchure du canal Rideau. Selon la police, Zainab, 19 ans, Sahari, 17 ans, Geeti, 13 ans, et Rona Amir Mohammad, 52 ans, auraient été assassinées par le père, la mère et le frère des trois plus jeunes victimes. De plus, contrairement aux explications fournies par la famille au lendemain du meurtre, Rona Amir Mohammad ne serait pas la tante des jeunes filles, mais bien la première femme de leur père.
L’organisme Human Rights Watch donne la définition suivante de «crime d’honneur» : Les crimes d'honneur sont des actes de violence, le plus souvent des meurtres, commis par les membres masculins d'une famille à l'encontre de ses membres féminins, lorsqu'ils sont perçus comme cause de déshonneur pour la famille tout entière.
Dans les sociétés où ils sont perpétrés, notamment au Pakistan et dans d’autres pays du Moyen-Orient, on considère ces crimes comme relevant du domaine «privé» et la justice poursuit rarement les meurtriers.
Seulement voilà. La justice canadienne n’est pas la justice pakistanaise ou afghane. Le quadruple meurtre sur ces femmes, dont trois avaient la vie devant eux et avaient trouvé au Canada l’espérance d’une existence meilleure, devra être puni sévèrement, si les accusés sont trouvés coupables, afin que l’on montre à tous les immigrants qui arrivent de ces pays qu’ici, ça ne fonctionne pas comme ça.
Cette histoire sordide est probablement sans précédent au pays.
Il y a déjà eu des drames familiaux au Canada. Sauf que dans ce cas-ci, la différence, c’est qu’il ne semble pas y avoir de mobile particulier, sauf celui d’avoir été un «déshonneur pour la famille».
Un déséquilibré qui a été mis à la porte par sa femme revient à la maison avec une arme, tue son ex-conjointe et leur enfant, puis s’enlève la vie. Le type n’est pas bien, c’est évident. Il commet une atrocité, on s’entend aussi là-dessus. Mais le mobile est là, il est clair. Le type n’a pas pris la rupture, il veut se venger, puis un jour, il pète les plombs et commet l’impensable. Rien n’excuse ce geste.
Mais dans le cas de cette famille d’origine afghane, installée à Montréal depuis deux ans, c’est justement ce faux-mobile qui rend la chose encore plus dégueulasse et répugnante, si, bien entendu, les accusés ont en effet perpétré ces crimes. On peut se poser la question encore et encore, il n’y a rien à faire. C’est tout à fait incompréhensible.
Ce qui peut nous aider à saisir le présumé geste du père et du fils (il est à se demander si la mère des jeunes filles, même si elle a été arrêtée, ait été impliquée directement), c’est la statistique suivante : selon la Commission des droits de l'homme du Pakistan (HRCP), 636 femmes sont mortes d'un crime d'honneur en 2007. Il s’agit de presque deux femmes par jour.
Mohammad Shafia, 56 ans, et son fils, Hamed Mohammad Shafia, 18 ans, n’ont peut-être pas eu l’occasion de feuilleter le Code criminel canadien depuis leur arrivée au pays. Dommage. Ils y auraient constaté qu’un crime d’honneur, ici, n’a pas la cote.
De plus, il est permis de se demander ce qui a motivé cette famille à vouloir émigrer ici. N’était-ce pas justement pour quitter cet endroit où la femme est perçue comme une moins que rien? N’était-ce pas pour partir de ce pays où les kalachnikovs ont plus de pouvoir que la parole?
S’ils sont trouvés coupables, c’est à espérer qu’ils prennent le temps d’y réfléchir. De toute façon, si un juge les condamne, ils auront amplement de temps libre au cours des prochaines années.