Francophonie: des défis présents dans toutes les provinces

Sébastien Pierroz
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Loi sur les services en français (Loi 8), présence d'un commissaire sur le fait francophone, projet d'une université franco-ontarienne, le panorama des acquis et enjeux des Franco-Ontariens reste large en 2014. Les défis demeurent pourtant dans les huit autres provinces canadiennes où la langue de Molière est minoritaire. Petit tour d'horizon.

Photo: Sébastien Pierroz

Seule province officiellement bilingue et constituée de plus de 30% de francophones, le Nouveau-Brunswick fait figure de premier de la classe au niveau des droits pour les francophones. Tout comme l'Ontario, elle est dotée d'une loi sur les services en français et possède un commissaire aux services en français. «Malgré la loi, il y a toujours des manques», déplore malgré tout Jeanne-D'Arc Gaudet, présidente de la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB).

Pour l'organisme francophone, l'équivalent de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) dans la province, l'objectif serait maintenant de développer le fait francophone au-delà des services provinciaux. «On aimerait arriver à ce que les municipalités développent à long terme l'affichage commercial extérieur bilingue comme cela s'est fait à Dieppe en 2010.»

D'autres provinces ont également emboité le pas à l'Ontario et le Nouveau-Brunswick pour une loi sur les services en français. C'est le cas l'année dernière de l'Île-du-Prince-Édouard, pourtant dotée de seulement 5000 francophones. Dans le contenu, la loi se base essentiellement sur la correspondance et la signalisation routière en français ou encore un mécanisme de plainte plus développé pour les francophones au niveau de la justice.

«On ne voulait pas demander tout de suite un service en français sur l'ensemble du territoire. Cela aurait peut-être été vu comme une approche radicale et aurait justifié l'inaction du gouvernement», souligne Aubrey Cormier, directeur général de la Société Saint-Thomas-d'Aquin (SSTA), le pendant de l'AFO dans cette province.

Une analyse partagée d'une certaine façon par Marie-France Kenny, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA). «On pense souvent qu'une forte population francophone justifie une loi sur les services en français, mais ce sont souvent les bonnes relations avec le gouvernement qui font la différence.»

Coups manqués sur les services en français

Terre natale de Gabrielle Roy et Maria Chaput, le Manitoba reste toujours pour sa part cantonné depuis 1999 à une simple «politique» des services en français. En d'autres mots, le gouvernement dit «reconnaître» le fait francophone sans enchâsser dans la loi les services offerts. «On y travaille, on est en train de monter la charpente», confie Daniel Boucher, président-directeur général de la Société franco-manitobaine (SFM). Selon une autre source proche du dossier, le premier ministre NPD de la province Greg Selinger, bien que «très conscient du fait francophone», hésiterait à faire adopter une loi dans ce sens, laquelle pourrait être considérée pour lui comme un «suicide politique».

Toujours dans les Prairies, la Saskatchewan conserve aussi une «politique» sur les services en français. Plus à l'ouest, la Colombie-Britannique et l'Alberta ne possèdent encore ni loi ni politique. «On est passé très près d'une politique en 2009, explique Denis Perreaux, directeur général de l'Association canadienne-française de l'Alberta (ACFA). Finalement, on fait toujours du "cas par cas" pour essayer de servir convenablement nos francophones.»

Dernièrement, la province connue notamment pour les Rocheuses et son pétrole, s'est retrouvée sous les feux de l'actualité après que la Cour d'appel provinciale eut tranché que l'Alberta n'avait pas l'obligation de publier ses lois en français et en anglais. L'homme à l'origine du procès, Gilles Caron, se bat depuis des années pour faire reconnaître le statut bilingue de l'Alberta, et, par extension, de la Saskatchewan, provinces toutes deux unilingues anglophones depuis 1988.

Une loi sur les services en français ne rime pas forcément avec des lendemains qui chantent, si l'on en croit Marie-Claude Rioux, directrice générale de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE). «Il y a effectivement eu dans notre province une loi en 2004 qui n'était qu'une coquille vide à laquelle a succédé un Règlement sur les services en français un peu plus tard. Reste que les services ne sont pas toujours effectués sur place, ni au moment précis.»

L'enjeu de l'éducation

Outre une loi sur les services en français, l'éducation reste une cible prioritaire pour les huit provinces. «Chaque province possède maintenant sa gestion scolaire, analyse Mme Kenny. Le défi est désormais le renouvellement des structures, car beaucoup d'écoles ne répondent plus aux normes.»

Un défi que connaît visiblement bien la Fédération des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador (FFTNL). «À Saint-Jean, certaines écoles francophones sont pleines à craquer, explique son directeur général Gaël Corbineau. Nous demandons vraiment plus de moyens et une égalité des chances réelle avec les établissements anglophones.»

Un son de cloche identique du côté de la côte pacifique. «Nous avons 38 écoles francophones dans la province, mais elles sont malheureusement sous-financées, constate amèrement le président de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB), Réal Roy. On note pourtant 5% d'inscriptions en plus dans nos établissements chaque année.»

Le postsecondaire reste aussi dans la mire des provinces. De nombreuses disparités s'imposent. Certaines sont en avance. À commencer par les Acadiens du Nouveau-Brunswick qui ont vu une université unilingue francophone ouvrir ses portes il y a 50 ans. Les communautés francophones du Manitoba et de la Nouvelle-Écosse (35 000 francophones) possèdent également leur propre université. Une comparaison qui pourrait faire sourciller les Franco-Ontariens, la population francophone la plus nombreuse en dehors du Québec, puisque le projet de création d'une université franco-ontarienne se fait toujours attendre.

Objectif visibilité

Reste que la visibilité du français dans ces provinces constitue toujours un problème. «Beaucoup nous voient comme des assimilés, tranche Mme Kenny. Nous collaborons très bien avec le Québec, mais je comprends que politiquement, ils ne puissent pas toujours nous appuyer dans nos causes. Ce qui se passe pour les francophones à Montréal a en tout cas toujours plus de poids que ce qui va se passer par exemple pour les francophones en Saskatchewan.»

«Nous devons toujours montrer que l'on existe, lâche M. Roy en Colombie-Britannique. Pourtant, notre population francophone est dynamique. Nous étions 21 000 francophones en 1951 contre 70 000 d'après le recensement de 2011. L'ennui, c'est que proportionnellement, les francophones se maintiennent toujours à 1,5% de la population. Le fait francophone est bien souvent considéré chez nous derrière le mandarin ou le punjabi.»

Pour pallier aux risques d'assimilation et d'exil de la main d'œuvre francophone, l'immigration pourrait dès lors être vue comme un atout non négligeable pour les provinces. Alors que le Nouveau-Brunswick table sur un objectif de 33%, le Manitoba a récemment mis la barre à 7%, tandis que la Nouvelle-Écosse vise officiellement 4%. L'Ontario avait quant à elle affiché une volonté d'atteindre 5% d'immigration francophone très prochainement.

Une nécessité également partagée par l'ACFA en Alberta. «Sur la période 2006-2011, on parle de 18% d'augmentation des francophones dans notre province. C'est assez important. Cela constitue une pression importante pour nos services.»

Au désir d'une main d'œuvre francophone, l'envie de voir la population survivre apparaît comme un enjeu crucial dans les provinces maritimes de Terre-Neuve-et-Labrador (à peine 3000 francophones) et dans l'Île-du-Prince-Édouard (un peu plus de 5000). «Nous essayons actuellement de recenser non pas les francophones, mais les 12 000 francophiles, assure M. Cormier de l'Île-du-Prince-Édouard. Dans notre cas, c'est une question de priorité, sinon on aura plus de masse critique pour assurer la pérennité de notre institution.»

La distance géographique peut également annihiler ou renforcer le sentiment d'unité de la communauté. «Notre communauté francophone est complètement dispersée du fait de la grandeur du territoire, concède M. Corbineau de Terre-Neuve-et-Labrador.» À l'inverse, 90% de la population du Manitoba vit dans un rayon inférieur à 100 km de Winnipeg. «Un avantage important», conclut M. Boucher de la Société franco-manitobaine.

Organisations: AFO, Société franco-manitobaine, Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick SANB Assemblée de la francophonie Société Saint-Thomas-d'Aquin SSTA Fédération des communautés francophones FCFA Fédération des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador Association canadienne-française Cour d'appel provinciale Fédération acadienne FANE

Lieux géographiques: Ontario, Nouveau-Brunswick, Manitoba Alberta Île-du-Prince-Édouard Saskatchewan Colombie-Britannique Dieppe Nouvelle-Écosse Province Greg Selinger Prairies Québec Saint-Jean Montréal Winnipeg

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Derniers commentaires

  • Paul Heppelle
    08 mai 2014 - 14:06

    Oui, la Saskatchewan a de fait une politique sur les services en français, comme d'ailleurs le Conseil des évêques catholiques de la Saskatchewan. Petit hic. Pas de services! Dans les deux cas, on parle d'une décennie ou plus que la politique est en place, mais au niveau concret, il n'y a pas plus de services, surtout là où ça compte - sur le terrain.

  • Jonathan Perron-Clow
    10 avril 2014 - 14:58

    En tant qu'ancien journaliste à l'Express, maintenant à Calgary, je peux dire que tout ce qui est infrastructure francophone est vraiment en manque ici. Les écoles sont pleines, le centre communautaire trop petit et il n'y a pas de services de santé. Le gouvernement provincial travaille à deux temps comme le dit M. Perreaux. D'une part (éducation, culture), ils sont favorables aux Francophones. De l'autre côté (justice, santé), ils font tout ce qu'ils peuvent pour ne pas donner plus de services.

  • Gérard Delisle
    04 avril 2014 - 18:28

    Merci pour ce survol des nombreux défis que doivents relever les diverses communautés francophones hors-Québec. Gérard Delisle Ottawa www.flick.com/photos/gerarddelisle

  • Géo McLarney
    03 avril 2014 - 13:48

    L'Université d'Alberta a également sa section française.