L'étude révèle que le bilinguisme coûte 2,4 milliards $ aux contribuables chaque année à l'échelle du Canada, dont 1,5 milliards $ sont financés par le gouvernement fédéral et le reste par les provinces. En Ontario, cela représente une somme de 621 millions $ pour assurer des services en français à la minorité linguistique, soit 52 $ par citoyen.
L'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) s'est émue des sous-entendus de ce rapport.
« Cette étude vient semer le doute sur la valeur de notre bilinguisme au Canada et l’apport de notre communauté francophone à la société civile ontarienne. C’est inacceptable ! Nous sommes des citoyens à part entière et contribuons pleinement au développement de la province de l’Ontario. L’approche de cette étude faite sous un angle purement économique et préconisant la privatisation des services, notamment en éducation postsecondaire, nous semble totalement décalée par rapport à la réalité dans notre province », a déclaré Denis Vaillancourt, le président de l'AFO.
La ministre déléguée aux Affaires francophones et députée d'Ottawa-Vanier, Madeleine Meilleur a questionné la pertinence de l'étude.
« Il y a des brèches dans ce rapport. Les chiffres évoqués, notamment, concernant le nombre de Francophones dans la province, sont inexacts. Il en manque 100 000 ! Le français est notre héritage et nous allons célébrer les 400 ans de la présence francophone en Ontario. Je me pose la question de l'objectif qui est visé ? L'Institut Fraser est un organisme proche de la droite, il suggère de privatiser certains services en français, mais ce n'est pas la route que nous voulons prendre. Nous voulons offrir les mêmes services pour les deux communautés ».
Les prémisses de coupures budgétaires ?
À la veille du dépôt du rapport Drummond et l’annonce d’éventuelles compressions budgétaires par le gouvernement McGuinty, l'AFO espère que l'étude ne servira pas de prétexte pour remettre en question le financement de l'Office des affaires francophones, du Commissariat aux services en français et de la Télévision francophone en Ontario, notamment, dont il faut, au contraire, selon l'organisme, « augmenter les budgets ».
« Aujourd’hui, l’Ontario français fait face à une démographie évolutive, notamment avec les apports de l’immigration francophone, et sur le terrain, et les services sont encore loin de répondre adéquatement aux besoins des francophones ».
Le porte-parole de l'opposition aux Affaires francophones à Queen's Park, Peter Shurman, a répondu dans un courriel à la demande d'entrevue adressée par L'Express.
« Notre parti pense que les Ontariens méritent d'avoir le maximum pour chaque dollar dépensé par leur gouvernement. C'est pourquoi nous avons demandé une révision de tous les programmes dans lesquels le gouvernement McGuinty dépense l'argent des payeurs de taxe. Nous pensons que des économies peuvent et doivent être faites. Cela permettrait de garantir que l'argent de ces programmes soit dépensé efficacement et, dans le cas des services en français, que les gaspillages soient éliminés, tout en garantissant à la communauté francophone de l'Ontario que son statut particulier est à la fois considéré et reconnu ».
Mme Meilleur souhaite attendre le dépôt du budget pour répondre à la question de savoir si les services en français seront concernés par des coupures, mais elle répète l'importance d'investir.
« L'étude que devrait mener l'Institut Fraser, c'est plutôt de savoir ce qu'il en coûterait si nous n'avions pas les services en français. Si les Francophones étaient mal soignés, ne pouvaient s'épanouir à l'école et devaient vivre dans la pauvreté et avec l'aide sociale ? L'investissement dans les services en français garantit des emplois de qualité et de l'activité économique. Nous formons une main d'œuvre bilingue, qui peut répondre aux besoins en matière de tourisme, dont notre plus grand marché est le Québec. Les investissements que nous avons menés portent leurs fruits ».

