En 2011, beaucoup de Canadiens éprouvent encore de la difficulté à bien comprendre ce qu’ils lisent. Selon l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA) datant de 2007, près de 42% de l’ensemble des adultes du pays en âge de travailler ont du mal à comprendre ce qu’ils lisent.
Toujours selon cette étude, 56% de la population de langue maternelle française éprouve de la difficulté à comprendre ce qu’elle lit, comparativement à 39% du côté anglophone. Dans le cadre de la Semaine canadiennes des adultes apprenants, qui se tient du 2 au 9 avril, il est pertinent, selon la Fédération canadienne pour l’alphabétisation en français (FCAF), de jeter la lumière sur cette problématique sociale.
Pour faire connaître l’étendue de la situation et pour permettre à davantage de Canadiens francophones d’améliorer leur niveau d’alphabétisation, la FCAF travaille depuis 1991, en collaboration avec d’autres organismes, afin d’offrir des services et des programmes valorisant l’importance de développer ces compétences en lecture.
« Il y a plus d’adultes francophones qui éprouvent des difficultés à lire et à écrire, affirme Normand Lévesque, directeur général de la FCAF. Les raisons qui expliquent ce phénomène sont des différences historiques et des habitudes culturelles de lecture beaucoup plus développées chez les anglophones que les francophones. »
Encore plus que les habitudes culturelles, pour la Coalition ontarienne de formation des adultes (COFA), le fait que les francophones vivent souvent dans un milieu où l’anglais est roi influence aussi les résultats. « Il y a souvent peu de valorisation de la langue. Les gens ont de la difficulté à être servi en français et ils sont submergés d’affiches, de littérature et de médias anglophones, affirme Suzanne Benoit, la directrice générale de la COFA pour expliquer le phénomène. À tous les jours, il y a des gens qui se disent que c’est trop difficile de parler en français. »
Des incidences sur la vie quotidienne
Le besoin de plus en plus grandissant de compétences dans la société contemporaine amène une certaine pression sur les gens qui présentent de la difficulté. « Plus il y a de gens qui ont des compétences faibles, moins ils vont s’impliquer et moins ils vont participer aux activités de la communauté parce que de un, ils sont vulnérables et de deux, ils sont marginalisés », laisse entendre M. Lévesque.
Difficulté à se trouver des emplois, à lire des étiquettes et des textes simples en plus des obstacles à utiliser les nouvelles technologies sont tous des défis qui s’ajoutent à la liste des personnes aux prises avec des faiblesses en lecture.
« Beaucoup de personnes n’ont pas maintenu leurs compétences et vivent dans un milieu de travail où la lecture et l’écriture se font en anglais ou encore leur environnement est très anglicisé », soutient Mme Benoit de la COFA.
Cependant, il n’y a pas que les francophones en milieu minoritaire qui doivent vivre avec des difficultés de compréhension. Selon le directeur général de la FCAF, au Québec, les adultes aussi présentent des lacunes à ce niveau.
« Ces chiffres-là se retrouve aussi dans des sociétés majoritairement francophones comme au Québec. Au Québec, c’est 800 000 adultes », laisse-t-il entendre en précisant que globalement au Canada près de 10 millions de personnes se retrouvent dans cette situation.
Miser sur la jeunesse
Pour la COFA, le fait de miser sur la jeunesse est un élément important pour renverser la tendance actuelle puisqu'eux aussi, demeurent submergés par la culture anglophone. « Dans les médias sociaux, ce à quoi ils ont accès, c’est en anglais. C’est en anglais que ça se passe sur Facebook, Twitter et les grandes encyclopédies », constate-t-elle tristement. Le message que l’on donne aux jeunes est que si tu veux être cool, c’est en anglais que ça se passe. »
Selon elle, il faut absolument valoriser la langue et la culture chez les jeunes francophones pour les inciter à parler la langue de Molière sur une base quotidienne. « Il faut créer des liens, des activités stimulantes et intéressantes pour interagir en français pour faire un ballant avec l’anglais », suggère-t-elle.
